
Emma a un fils de six ans. Mais elle n’a pas vu son bébé grandir. « J’aimerais bien avoir une de ses dents de lait », soupire-t-elle. La veille d’une audience judiciaire, elle dort peu et mal : « Je souffre d’insomnie, on passe en jugement demain, ça va être encore une confrontation très difficile », confie-t-elle à Valeurs actuelles. À l’épreuve judiciaire s’ajoutent plus de 45 000 euros de frais d’avocat et de déplacement, puisque son fils vit désormais à l’autre bout de la France. Son histoire est celle d’une gestation pour autrui (GPA), « éthique » pratiquée clandestinement en France, et de ses conséquences judiciaires, familiales et humaines.
Retour en 2019. Emma se décrivait alors comme « une militante LGBT féministe, d’extrême gauche ». Elle veut aider des couples d’hommes qu’elle estime discriminés dans leur désir d’enfant. Sur des groupes Facebook consacrés à l’homoparentalité et à la GPA, elle est contactée par un couple d’ hommes mariés qu’elle estime stable. L’insémination artisanale, réalisée avec les gamètes de l’un des deux hommes, aboutit immédiatement à une grossesse. « Je voulais réparer une injustice de la nature : le fait qu’un couple d’hommes ne puisse pas faire un enfant entre eux. C’est pour cela que j’ai accepté de contrevenir à la loi », avoue-t-elle. La démarche se veut 100 % « gratuite et altruiste » : les commanditaires se contentent de rembourser les frais liés à la grossesse.
À l’époque, les conditions lui semblent claires. « Je voulais rester la mère, car c’est ce que je suis pour lui, et que le lien ne soit pas rompu », explique-t-elle. La femme accepte en raison des promesses du couple : être « là aux fêtes de famille, aux Noël et aux anniversaires », faire « partie de la vie de l’enfant ». Le couple lui aurait aussi promis un « beau voyage en cadeau ». Mais, regrette-t-elle, « ils n’ont pas tenu parole pour toutes ces choses ». Lors des échographies, Emma et le père biologique font semblant d’être en couple. Pourtant, elle déchante vite : « Ils ne m’ont pas accompagnée pendant la grossesse, je me suis retrouvée seule. » Elle dit aussi avoir été « rejetée par [sa] famille et certains amis au motif de la GPA ».
Emma souffre d’autisme, tout comme son fils, très tôt dépisté par des services sociaux. En raison de son handicap, elle s’estime « amenée à croire tout ce qu’on [lui] dit, ne détectant pas les mensonges ». Ancienne militante convaincue, elle reconnaît s’être « auto-aveuglée », en ne consultant que des contenus favorables à la GPA. « J’ai eu comme un algorithme mental : n’entendre que ce que je voulais entendre », culpabilise-t-elle.
Dès le huitième mois, Emma affirme que le couple la presse d’accoucher pour « livrer au plus vite ce qu’ils ont commandé ». Malgré sa demande de rester seule, le père biologique impose sa présence à l’accouchement. Le père l’a séparée du bébé la première nuit, et lui a demandé de ne pas allaiter. Elle ne devait pas sortir de sa chambre. Au point que le personnel médical, percevant son malaise et la peur qu’elle ressentait des deux hommes, la prend pour une femme battue et lui envoie une psychologue, à qui elle n’ose pourtant pas se confier : « J’avais peur que les services sociaux nous prennent le bébé et qu’il soit placé. »
Quatre jours après la naissance, les deux « pères d’intention » repartent avec le nouveau-né. Peu après, ils lui demandent de signer « un papier pour le boulot », une attestation demandée selon eux par l’employeur du père pour le rattacher à la mutuelle d’entreprise. Sur une feuille volante, elle recopie le texte qu’ils lui fournissent : « Je renonce à mes droits sur l’enfant et j’en laisse la garde exclusive à son père ». Elle ne perçoit tout d’abord pas le piège, puis pense ce document sans valeur légale.
Source : www.valeursactuelles.com
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Le témoignage d'une mère porteuse dans le cadre d'une gestation pour autrui dite "éthique", c'est à dire non rémunérée. Cette jeune femme, malgré l'accord passé avec le couple d'hommes commanditaires, a été privée de son fils et est actuellement engagée dans une bataille juridique pour pouvoir le voir grandir.Cette histoire met en évidence que la GPA peut entraîner des risques voire des drames, même si elle est présentée comme gratuite et consentie.