
Bien que la loi du 18 août 2026 ait formalisé le principe d’un droit à l’aide à mourir – conditionné au respect de critères stricts (âge, résidence, affection grave et incurable en phase avancée/terminale, souffrances insupportables, aptitudes à manifester sa volonté) et encadré par des réserves d’interprétation formulées par le Conseil constitutionnel –, son application suscite de nombreuses interrogations sur le terrain :
– flou sur les conditions d’accès : 65 % des médecins et infirmiers estiment que les conditions légales permettant de recourir à l’aide à mourir ne sont pas suffisamment précises. Cette demande de clarification dépasse les clivages d’opinion et concerne également les soignants favorables au texte ;
– besoin de décision collective : 60 % d’entre eux considèrent que la procédure n’est pas suffisamment collégiale. Une large majorité d’entre eux appelle à renforcer le cadre collectif afin d’éviter qu’une responsabilité aussi lourde ne repose de manière isolée sur le médecin référent ;
– qualification de soin en débat : la question de savoir si l’aide à mourir relève d’un acte de « soin » suscite des réserves éthiques, de nombreux soignants estimant qu’il s’agit d’un acte spécifique distinct du parcours de soins traditionnel.
L’étude révèle des divisions profondes qui ne dépendent ni de l’âge ni du mode d’exercice, mais bien de la profession :
– médecins (63 % opposés) : ils adoptent une position très réservée, fondée sur des principes éthiques et déontologiques. Revisitant l’esprit du serment d’Hippocrate (« soigner, soulager, ne pas donner la mort »), 59 % d’entre eux jugent le cadre de la loi Leonetti suffisant, estimant que la priorité doit être donnée au renforcement des soins palliatifs et des moyens hospitaliers plutôt qu’à la création d’un nouveau droit ;
– infirmiers (71 % favorables) : plus nuancés et souvent plus favorables, ils s’appuient sur leur expérience quotidienne de l’accompagnement de la souffrance au lit du patient. 63 % des infirmiers estiment que la loi Léonetti est aujourd’hui insuffisante pour répondre à certaines détresses physiques ou psychologiques extrêmes.·
L’étude dessine une frontière très nette entre la mission d’évaluation de la demande et l’implication dans l’acte létal :
– un fort engagement dans l’écoute : une très large majorité de soignants accepte de recueillir la demande du patient (80 %) et d’évaluer sa situation (78 % ;
– un refus massif de participer ou d’assister à l’acte létal : l’acceptation chute dès lors qu’il s’agit d’être présent lors de l’administration du produit (47 %), de participer directement à la décision (45 %) et s’effondre concernant l’administration directe de la substance létale (26 %) ou sa prescription (23 %) ;
– le principe d’auto-administration : si la loi pose le principe de l’auto-administration de la substance par le patient, le choix du mode d’administration et le rôle actif du soignant restent une zone de tension majeure, y compris au sein des équipes favorables au projet.
Source : www.santementale.fr
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