
À 70 ans, Bill Gates, cofondateur de Microsoft, reste pour beaucoup l’un des plus grands défenseurs du progrès technique. Pourtant, ce mercredi 26 août, sur son blog GatesNotes, le philanthrope crée la surprise en insistant sur les conséquences « globalement négatives » de l’innovation et notamment de l’intelligence artificielle. Au Point, nous avons décidé de vous traduire ce texte pour vous le soumettre.
« La transition vers l’ère de l’IA sera l’une des périodes les plus tumultueuses de l’histoire humaine. À l’heure actuelle, nous ne nous préparons pas de manière adéquate à cette transition. Si le monde prend les bonnes mesures, l’IA sera une force œuvrant pour le bien et améliorera le sort de chacun.
Tout au long de ma vie, je n’ai eu que deux emplois. Dans le premier, j’ai joué un rôle dans le développement de logiciels visant à donner aux gens les moyens d’agir, grâce à mon travail chez Microsoft. Dans le second, que j’ai commencé à temps plein en 2008, je restitue la richesse que j’ai acquise chez Microsoft dans le but de rendre le monde plus sain, mieux éduqué et plus équitable. C’est l’emploi que j’occuperai pour le reste de ma vie. Ces deux expériences façonnent ma perspective sur l’intelligence artificielle. Lorsque j’ai découvert les ordinateurs à l’âge de 13 ans, j’étais fasciné par l’idée de les rendre plus intelligents et capables d’accomplir des choses que, à l’époque, seuls les humains pouvaient faire. Bien que le terme « IA » ait été utilisé à peu près depuis ma naissance, la technologie n’a fait des progrès significatifs qu’au cours de la dernière décennie. Elle est aujourd’hui incroyablement performante et continue de s’améliorer à un rythme époustouflant. Pour la première fois, l’IA peut remplacer et même dépasser la cognition humaine.
En termes d’équité, l’IA sera soit le plus grand égalisateur jamais inventé, soit la pire source d’injustice. Le défi est monumental. Même dans les meilleures circonstances, la transition vers cette nouvelle ère de l’IA sera l’une des périodes les plus turbulentes de l’histoire humaine. Comment utiliserons-nous cette technologie pour rendre le monde plus juste et l’empêcher de creuser le fossé entre les riches et les pauvres ? Comment protégerons-nous les personnes les plus vulnérables aux préjudices causés par l’intelligence artificielle, y compris celles qui perdent leurs moyens de subsistance et le sentiment de contrôler leur avenir ? Je crois que répondre à ces questions et agir en conséquence devrait être la priorité absolue du monde. Si le monde prend les bonnes mesures, l’IA sera une force bénéfique et améliorera le sort de chacun.
Malheureusement, à l’heure actuelle, nous ne nous y préparons pas. Je ne vois aucune preuve que les dirigeants, les experts et les communautés affrontent ces défis de manière adéquate. Il n’y a aucun plan pour faciliter l’entrée dans l’ère de l’IA. L’une des raisons est que de nombreux commentateurs sous-estiment l’ampleur de l’impact qu’aura l’IA. Je pense qu’il y a plusieurs raisons à cela. La première est le fait que les modèles d’IA font encore des erreurs. Il est difficile d’imaginer l’un d’eux remplacer la cognition humaine alors qu’il n’y a pas si longtemps, ils ne pouvaient pas résoudre un simple Sudoku ni trouver combien de lettres « R » il y a dans le mot fraise (strawberry). Mais le problème de fiabilité est en train d’être résolu rapidement, à mesure que les chercheurs créent des modèles capables de vérifier leur propre travail et de s’améliorer eux-mêmes. Bientôt, ils seront considérablement meilleurs que les humains dans de nombreuses tâches.
Source : www.lepoint.fr
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Bill Gates, fondateur de Microsoft, nous livre dans ce billet une réflexion sur l'utilisation de l'intelligence artificielle, son impact à l'échelle mondiale. Il exhorte les gouvernements à la réflexion et l'encadrement de cette technologie qui envahit toutes les sphères et aura un impact sur les emplois, l'économie de manière générale, les relations sociales et la politique. L'Union Européenne a promulgué cet été la deuxième partie de l'IA Act pour réguler son utilisation, mais pourra t'elle mettre en oeuvre toutes ses préconisations face au développement fulgurant de l'IA ? Sera t'elle suivie par d'autres pays à l'international ?