Fin de vie

Mourir dans la dignité… Oui, mais laquelle ?

Mourir dans la dignité… Oui, mais laquelle ? 23 avril 2021
mourir dignité

Mourir dans la dignité… Oui, mais laquelle ? – À 92 ans, Mireille Jospin voulait « mourir debout ». Militante de l’ADMD (Association pour le droit de mourir dans la dignité), la mère de l’ancien Premier ministre a choisi de mettre fin à ses jours le 6 décembre 2002. Le naufrage de la vieillesse, l’usure de l’âge, la « déglingue » et le martyre du corps, tout ça lui était devenu intolérable. Fatiguée de vivre et de voir sa dignité partir en lambeaux avec les années. Sa fille écrit, évoquant son choix dans un livre paru il y a quelques années maintenant : « Pas d’autres choix, non, si tu ne voulais pas déchoir à tes propres yeux. Pas d’autres choix, non, si elle risquait d’être dépassée, la limite, l’ultime frontière de la dignité telle que tu l’entendais[1]. »

La question est posée, et elle se pose d’une manière accrue à l’heure où ce sujet de l’euthanasie[2] et du suicide assisté[3] est débattu à nouveau dans l’hémicycle : qu’est-ce qui fait la valeur de la vie d’un homme ? Qu’est-ce qui fait que l’on peut dire d’une vie qu’elle est « digne d’être vécue » ? Peut-on considérer la dignité comme un bien périssable qui s’écaillerait avec les années ? Et serait-il alors préférable de tirer sa révérence avant d’offrir le spectacle d’un délabrement honteux, qu’il soit physique ou intellectuel ?

Dignité subjective vs. dignité objective

La question touche au fond à la conception de l’humanité que nous nous faisons, et au type de société que nous souhaitons bâtir ensemble. Il y a 8 années de cela, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) prenait une option courageuse dans les recommandations qu’il portait au gouvernement sur ces questions. Après avoir présenté les deux grandes conceptions de la dignité qui fondent respectivement les tenants et les adversaires de l’euthanasie et du suicide assisté – « dignité subjective », c’est-à-dire le sentiment personnel, conditionnel et par là variable de la valeur que représente une existence humaine versus « dignité objective » conçue comme une qualité intrinsèque et inaltérable -, le comité rappelait que ces deux notions ne sont pas à opposer a priori, précisant que « la dignité entendue comme absolue est inaliénable – celui qui est mentalement et physiquement diminué ne la perd pas – et elle est non quantifiable ».

Ainsi si chacun peut bien sûr intimement concevoir le sentiment que sa vie n’est plus digne d’être vécue (et il faut être en capacité humainement de le recevoir), la réponse sociale juste ou digne n’est pas forcément d’avaliser ce sentiment en donnant les moyens et la « permission » à celui qui lutte avec l’idée d’être « de trop » de s’en aller, poliment. Et dès lors la gloire de la société, des pouvoirs publics devrait alors être au contraire de lutter par les moyens nécessaires contre les situations objectives d’indignité (maltraitance en fin de vie par manque de soin, isolement ; non-accès aux soins palliatifs pour tous ; défaut d’accompagnement humain, etc.). Dans une formule choc, le CCNE concluait, c’était en 2013 : « la situation la plus indigne serait celle qui consisterait à considérer autrui comme indigne au motif qu’il est malade, différent, seul, non actif, coûteux… »

Dès lors la gloire de la société, des pouvoirs publics devrait alors être au contraire de lutter par les moyens nécessaires contre les situations objectives d’indignité

À l’heure du « quoi qu’il en coûte » quant à la prise en charge de chaque vie humaine dans la gestion de la crise sanitaire actuelle, où en sommes-nous collectivement face à toutes ces questions ? Et n’y a-t-il pas un paradoxe étonnant entre ce discours social du « quoi qu’il en coûte » et cette expression du droit à mourir dans la dignité qui fait florès dans le débat public ces dernières semaines autour de l’euthanasie ?

Source : point-theo.com

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Commentaire du CPDH

Un très bel article sur la dignité ! Il existe une alternative entre abréger sa vie pour mourir “dans la dignité” et mourir dans la souffrance et la solitude. Nous croyons que chaque vie est digne d’être vécue jusqu’à sa fin naturelle. L’indignité, c’est celle de notre société qui abandonne les personnes en fin de vie à leur sort, sans témoignage d’amour, de soin et d’espérance. Que cela nous fasse réfléchir à notre propre attitude !