François-Xavier Putallaz : « La nature ne se laisse pas manipuler »

François-Xavier Putallaz : « La nature ne se laisse pas manipuler »
Publié le
July 11, 2022

François-Xavier Putallaz : « La nature ne se laisse pas manipuler » - Alors que l’écologie, le climat, l’environnement sont au cœur de l’actualité, la notion de nature est souvent mal comprise. Le philosophe François-Xavier Putallaz, professeur à l’Université de Fribourg et auteur de Qu’est-ce que la nature ?, a accepté de répondre aux questions de Gènéthique.

Gènéthique : En quoi la bioéthique est-elle influencée par la question de la nature ?

François-Xavier Putallaz : Aujourd’hui la bioéthique oscille entre deux extrêmes : la raison débarrassée de la nature, ou l’utilitarisme avec son calcul visant à maximiser le plaisir. Ayant rejeté la possibilité de toute connaissance en profondeur des choses naturelles, il ne restait à la pensée de Kant que la pure raison, ce qu’on appelle « l’impératif catégorique » : la raison dicte de manière rigide les comportements. A l’autre extrême, l’utilitarisme évalue une technique biomédicale en fonction des seules conséquences, avantages et souffrances qu’elle implique : la bioéthique se réduit à une mise en balance des intérêts. Dans les deux cas, la nature est écartée.

Pour éviter ces deux positions extrêmes, nous invitons à reconsidérer en profondeur la nature des choses et surtout la nature humaine, car celle-ci fournit les normes adéquates pour le comportement et pour la technique. C’est une forme d’écologie intégrale à laquelle tout le monde aspire actuellement. Ce livre prétend offrir quelques clarifications indispensables.

G : Quelles sont les conséquences sur la bioéthique de l’opposition caractéristique de la pensée actuelle entre liberté et nature ?

FXP : L’opposition est en effet radicale aujourd’hui entre liberté et nature : ou bien, dit-on, il faut respecter les processus naturels sans que les humains y interviennent ; ou bien, on absolutise la liberté individuelle, qui se prétend souveraine : selon la formule de Descartes, on rendrait l’homme « comme maître et possesseur de la nature ». La conséquence en est une arrogance outrancière, où l’individu se met au centre, au point de détruire les ressources naturelles : la crise écologique est manifeste.

En bioéthique cette même déviance s’exprime dans la prétention à « l’autonomie reproductive » pour le début de la vie : toute technique devrait être mise à disposition de la liberté individuelle de réaliser tous ses désirs. Une femme ne peut porter d’enfant ? Alors la Grossesse pour Autrui (GPA) est aussitôt réclamée, sans qu’on s’inquiète de la « nature » ni de la servitude que cela impose à des femmes exploitées dans leur corps. De même pour la fin de vie : puisque la liberté individuelle est absolutisée, elle se prétend maîtresse de la vie comme de la mort. Et cela est si ancré dans nos mentalités depuis 300 ans, qu’on ne voit même plus ce qui pourrait poser problème.

Source : genethique.org

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Commentaire du CPDH

François-Xavier Putallaz, philosophe, nous explique comment la bioéthique peut trouver un arbitrage entre nature et liberté. Pour lui, il faut analyser les avancées scientifiques en fonction de la finalité naturelle des choses. Ce qui veut dire que tout ce qui est possible n’est pas forcément souhaitable à l’échelle de l’humanité et peut engendrer des conséquences néfastes à long terme, qui peuvent nuire à la finalité et que nous devons prendre en compte. Article à découvrir !

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