Webinaire "L'éthique de la vie" avec le Dr Paul Saba

Revivez la soirée spéciale organisée par le CPDH avec le Dr Paul Saba sur « l’éthique de la vie ». A travers un entretien, il revient sur son histoire personnelle et son livre « Fait pour vivre ». Canadien d’origine et médecin de métier, il expose ses arguments en faveur du respect de toutes vies humaines de la conception à la mort naturelle.

Le replay du webinaire sera disponible prochainement !

(Re)Découvrez l’interview réalisée lors de cette soirée du Dr Paul Saba :

Pourquoi avoir décidé d’écrire ce livre ?

J’ai décidé d’écrire ce livre parce que je crois que chaque vie est précieuse. Cela provient de mes croyances personnelles et chrétiennes et de l’éthique médicale. La médecine moderne est fondée sur le principe du Bon Samaritain qui provient de la Bible. Jésus, dans l’évangile de Luc, en répondant à un docteur de la Loi qui lui demandait comment avoir accès à la vie éternelle, a répondu que ce n’était pas non seulement d’obéir aux dix commandements, mais d’aller au-delà, en aimant Dieu et son prochain. Qui est mon prochain, a demandé le docteur de la Loi ? Jésus a donné l’exemple d’une personne attaquée par des bandits, laissée pour mort puis abandonnée au bord du chemin. Le bon samaritain s’est arrêté, a donné les premiers soins en soignant ses blessures avec du vin et l’huile d’olive puis l’a amené à l’auberge sur son âne en payant les frais. On ne sait pas si le pauvre blessé a survécu ou s’il est décédé. Mais le principe était de prendre soin de son prochain, qu’importe le résultat. Cela consiste à n’abandonner personne ni à provoquer la mort, par le suicide assisté ou l’euthanasie. Il ne faut pas oublier qu’au temps de Jésus, il était considéré comme noble le fait de se suicider, lorsque quelqu’un était faible de corps ou d’esprit, ou sous prétexte d’autonomie et de liberté. Ainsi, à cette époque, le principe du « bon samaritain » allait à l’encontre de cette idée.

Vous êtes engagé dans un combat contre l’aide médicale à mourir, qu’elle est votre principale motivation ? Est-ce que votre foi chrétienne en est le principal moteur ?

Ma motivation principale est de donner sa chance à toute vie et de n’abandonner personne, même si les chances de survie semblent minimes. Chaque vie est précieuse. Nous sommes créés par Dieu et à l’image du Dieu. L’image que je garde dans ma tête c’est la fresque de Dieu touchant la main d’Adam en donnant la vie dans la chapelle Sixtine. Dieu nous donne la vie. Nous avons la responsabilité et l’obligation de tout faire pour soigner et préserver la vie et ne pas mettre fin à celle-ci de façon intentionnelle, soit par l’avortement, soit le suicide assisté ou l’euthanasie qui sont en fait toutes des formes d’abandon du prochain. Oui, ma foi chrétienne a un impact sur mes convictions.

Selon vous, pourquoi un gouvernement comme celui du Canada (pays où vous résidez) place-t-il l’« aide médicale à mourir » ou euthanasie en priorité? Quel intérêt trouve-t-il à la légaliser?

Ma motivation principale est de donner sa chance à toute vie et de n’abandonner personne, même si les chances de survie semblent minimes. Chaque vie est précieuse. Nous sommes créés par Dieu et à l’image du Dieu. L’image que je garde dans ma tête c’est la fresque de Dieu touchant la main d’Adam en donnant la vie dans la chapelle Sixtine. Dieu nous donne la vie. Nous avons la responsabilité et l’obligation de tout faire pour soigner et préserver la vie et ne pas mettre fin à celle-ci de façon intentionnelle, soit par l’avortement, soit le suicide assisté ou l’euthanasie qui sont en fait toutes des formes d’abandon du prochain. Oui, ma foi chrétienne a un impact sur mes convictions.

Quels conseils donneriez-vous à une personne souhaitant s’engager dans un combat semblable au vôtre ?

C’est une bataille longue et difficile. On peut voir les résultats de ce combat seulement dans une perspective à long terme. L’histoire nous apprend que les batailles contre l’injustice, tels l’esclavage, l’avortement, l’euthanasie ou le génocide fondé sur la suprématie d’une race sur une autre, l’idéologie nazie pendant la Seconde Guerre mondiale par exemple, n’ont jamais été gagnées facilement ou rapidement. Beaucoup d’efforts et de sacrifices ont été nécessaires. Il faut prier, agir et ne pas perdre espoir.

Selon vous, en quoi l’euthanasie est-elle un fléau social et spirituel, comme vous l’indiquez dans votre livre ?

C’est un fléau social parce que nous faisons partie d’une communauté. Si une personne se tue ou est tuée par le suicide assisté ou l’euthanasie, c’est comme si nous perdions un membre de notre famille. En définitive, en acceptant le suicide assisté, nos cœurs s’endurcissent et nous perdons peu à peu notre humanité.

Comment expliquez-vous cette volonté de nos contemporains de programmer leur propre mort ou la mort d’un proche gravement malade ? Est-ce uniquement une volonté de ne pas souffrir ? Est-ce la solitude ? Est-ce dû à la déchristianisation du monde occidental ?

En programmant notre mort, nous pensons prendre le contrôle de nos vies, mais ce contrôle n’est qu’une illusion ; en fait nous perdons le contrôle sur nos vies, laissant le gouvernement les contrôler. Il y a toutes sortes de dépendances tels l’alcool, la drogue, le jeu compulsif, la sexualité débridée et l’obsession de contrôler nos vies. Pourquoi ? Parce que l’humanité n’est pas à l’aise avec l’imprévu ; mais en voulant tout contrôler, on tombe nécessairement en perte de contrôle. Il est impossible de tout contrôler ; nous devons faire confiance à Dieu pour guider nos vies de la naissance jusqu’à la mort naturelle. En intervenant dans le processus naturel de la vie, de son début à sa fin, nous faisons des dégâts dans nos vies et dans celles des autres.

 

Dans mon livre, je parle de la grossesse de ma femme et du diagnostic de notre enfant atteinte d’un problème cardiaque grave à la naissance avec un pronostic d’une qualité de vie médiocre. Lors de la grossesse de mon épouse, nous étions confrontés à des problèmes que certains auraient qualifiés d’insurmontables pour notre fille Jessica. Si nous avions accepté de prévenir ces problèmes en procédant à un avortement, Jessica ne serait pas dans notre vie et la joie de sa vie aurait disparu. Je donne plusieurs exemples de personnes dans ma famille ou de patients qui ont choisi la vie plutôt que le suicide assisté malgré les défis. Maintenant, ils sont heureux d’être en vie. Certains avaient reçu des diagnostics de cancer de poumon ; ils auraient pu avoir recours à l’euthanasie. Cependant, à ma recommandation, ils ne l’ont pas fait. Heureusement d’ailleurs, car certains diagnostics étaient erronés ; ces personnes ont reçu les traitements adéquats et sont actuellement guéries et heureuses d’être en vie.

 

Je crois que les gens ont réellement peur de souffrir et d’être seuls. On doit rassurer les gens, en leur disant qu’ils seront entourés, soignés, jamais abandonnés et que toutes les mesures seront mises en place pour apaiser leurs souffrances par des soins palliatifs si en fin de vie ; en mettant en place de telles mesures, je suis certain que la vaste majorité des gens qui demandent le suicide assisté ne le ferait pas. De la même façon, nous devons aider les femmes qui veulent avorter, qui sont seules, abandonnées par leurs proches ou ne sont pas appuyées par leur famille ou la société, et les diriger vers des groupes de soutien et des programmes sociaux pour les encourager à garder leur enfant et ne pas avoir recours à un avortement.

Comment un médecin, une infirmière peut-il accompagner au mieux un malade ou un mourant, sans recourir à l’euthanasie et en conservant une éthique médicale ?

La meilleure façon pour un médecin ou une infirmière d’accompagner une personne malade est de l’assurer qu’elle ne sera jamais abandonnée ; que si malgré tous les traitements, il venait un jour où elle serait confrontée à la fin de sa vie terrestre, toutes les mesures seront prises pour alléger ses souffrances, sans jamais mettre intentionnellement fin à sa vie !

Vous affirmez être contre l’avortement, qui est pour vous une forme d’« aide médicale à mourir » : que diriez-vous à une femme enceinte, victime d’un viol (un argument fréquent), ou qui porte un enfant atteint de malformations ou d’une maladie très grave ?

Les cas d’avortement de femmes violées ne représentent qu’un faible pourcentage de tous les cas d’avortement. La plupart des avortements sont motivés par des difficultés sociales, psychologiques ou financières. Pour les femmes violées, je crois qu’elles ont besoin d’énormément d’accompagnement émotionnel, psychologique et spirituel afin de prévenir les dommages psychologiques et physiques pour la femme et l’avortement de son bébé. Ce n’est pas la faute de la femme ni de son bébé dans cette réalité. Je pense que la plupart des femmes garderaient leur enfant si elles avaient un accompagnement approprié.

 

Pour ce qui est des femmes qui font face à des problèmes de malformations ou de maladies graves chez leur enfant à naître, je crois que nous devons offrir plus de soutien aux membres des familles, entre autres par le biais de leurs communautés, de les accompagner pendant et après la grossesse et pendant toute la vie de l’enfant.  

Quelles sont vos victoires dans votre combat contre l’aide médicale à mourir ? Quels sont vos échecs ?

Mes victoires sont : d’être invité à faire des présentations comme celle d’aujourd’hui et de partager mes expériences en tant que père de famille, médecin et membre actif de la société. J’ai eu l’occasion de parler dans les médias, devant les législateurs et dans des forums internationaux. Lorsque j’explique les dangers de l’aide médicale à mourir et le gaspillage inutile de vies par le biais du suicide assisté ou de l’avortement, mon espoir est d’encourager des personnes à valoriser la vie parce que chaque vie est précieuse. Comme Jessica l’a écrit dans mon livre « nous sommes faits pour vivre ». Chaque vie sauvée est une victoire. Je ne vois aucun échec dans cette bataille. En fait, le seul échec serait de ne pas parler et de ne pas participer à cette bataille pour sauver des vies.