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Marie-Jo Bonnet: «La PMA pour les femmes qui ne sont pas stériles relève de l’injonction à la maternité»

Marie-Jo Bonnet: «La PMA pour les femmes qui ne sont pas stériles relève de l’injonction à la maternité» 27 novembre 2020
La PMA pour les femmes qui ne sont pas stériles relève de l’injonction à la maternité
Marie-Jo Bonnet: «La PMA pour les femmes qui ne sont pas stériles relève de l’injonction à la maternité» -La militante féministe qui publie La Maternité symbolique explique son choix de ne pas avoir d’enfant. Selon elle, la GPA doit être combattue car elle réduit l’enfant à un simple objet de contrat.
FIGAROVOX. – Vous êtes historienne et militante féministe, co-fondatrice des «Gouines rouges», vous avez défendu le droit à l’avortement, mais vous vous opposez aujourd’hui à la PMA et à toute manipulation médicale. Pourtant, en distinguant l’embryon de la personne humaine, n’avez-vous pas participé à favoriser la manipulation de la parentalité biologique?

Marie-Jo BONNET. – Non, cela n’est pas du tout pareil. L’avortement c’est la liberté de choisir d’être mère. Tandis que la PMA pour les femmes qui ne sont pas stériles relève de l’injonction à la maternité. La répression de l’avortement a été très forte avant la loi Veil. Des femmes mourraient.

Ceci dit, cela ne nous empêche pas de réfléchir, comme l’a fait la philosophe Françoise Collin, dans un passionnant numéro des Cahiers du Grif en demandant: les féministes auraient-elles «fourni des gages aux expérimentateurs en amenant à distinguer l’embryon, du moins au premier stade de son développement, de la personne humaine»? C’est une question que l’on peut débattre tout en acceptant le principe de l’avortement. Or, aucun vrai débat n’a lieu concernant la PMA.

Aujourd’hui, le corps des femmes est soumis à une médicalisation de plus en plus forte. Subir une stimulation ovarienne pour pratiquer une insémination artificielle est d’autant plus violent que la «patiente» n’est pas stérile. En 2016, le taux de réussite des PMA stagnait autour de 17 % par femme et par tentative, avec une augmentation de prématurés. La loi bioéthique comprend aussi la congélation des ovocytes.

lors que l’on réduit les remboursements des maladies, on souhaite financer «la fabrication d’enfants». Les femmes sont renvoyées à un projet de maternité, comme si leur vie était programmée par la maternité. On n’a plus le choix. Et on sacrifie d’autres objectifs d’épanouissement.

Par ailleurs, je suis opposée à l’anonymat du donneur de sperme. De quel droit prive-t-on un enfant de son origine paternelle? En tant qu’historienne, je sais l’importance de la connaissance de ses origines ; on naît à une époque donnée, à un moment donné, cela fait partie des cartes que l’on a en main. Priver volontairement un enfant de la moitié de son arbre généalogique est très violent.

Pour justifier votre choix de ne pas vouloir d’enfant, vous avez dit à votre grand-mère maternelle: «Je suis passée du biologique au symbolique. De la maternité biologique à la maternité symbolique.» Que cela signifie-t-il? Quelle différence faites-vous entre la «maternité symbolique» et la «maternité d’intention»?

J’avais besoin de lui expliquer pourquoi je n’avais pas d’enfant parce que la lignée matrilinéaire s’arrêtait avec moi. Je l’avais aimée, et je souhaitais lui dire que le lien matriciel n’était pas rompu. Mon travail d’écriture était pour moi une forme de maternité, je mettais au monde quelque chose de nouveau, pour les femmes et la société en son entier. La maternité symbolique est un acte de culture, de création, tout ce dont les femmes ont été coupées, car réduites à la maternité biologique.

C’est la capacité d’enfanter des œuvres d’art, une vision du monde, l’enfant intérieur dans une relation de confiance et d’amour avec une femme d’une autre génération. C’est aussi un lien spirituel qui permet de grandir dans la compréhension de soi tout en s’éveillant à une autre réalité.

Source : lefigaro.fr

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Commentaire du CPDH

Une interview intéressante d’une féministe, homosexuelle, de gauche, qui se prononce ouvertement contre la PMA sans père et la GPA. Elle exprime clairement qu’un enfant pour elle, est le fruit de la relation entre un homme et une femme, et que la médicalisation croissante de la maternité rend les femmes esclaves. Comme quoi s’opposer à la PMA/GPA n’est pas forcément l’apanage des réactionnaires radicaux conservateurs de droite !