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La « PMA pour toutes », une mesure lunaire ?

La « PMA pour toutes », une mesure lunaire ? 11 mars 2020
La PMA pour toutes une mesure lunaire ?

Tout en remettant en cause certaines dispositions votées par l’Assemblée nationale, le Sénat n’a pour autant pas pris la mesure des dérives engendrées par l’ouverture de la PMA aux femmes homosexuelles et aux femmes seules. Alors que le projet de loi de bioéthique poursuit son parcours parlementaire et s’apprête à faire l’objet d’une deuxième lecture à l’Assemblée nationale, Gènéthique fait le point avec Aude Mirkovic, Maître de conférences en droit privé et Porte-parole de l’association Juristes pour l’enfance, auteur de PMA : un enjeu de société et du roman En rouge et noir, sur le texte qui vient d’être adopté par les sénateurs.

Gènéthique : A propos de la PMA pour toutes, vous parlez de « mesure lunaire », que voulez-vous dire par ces mots ?

Aude Mirkovic : J’ai employé ce terme à propos de la PMA pour les femmes seules, pour évoquer une mesure incompréhensible : la loi prévoit pour les foyers monoparentaux des allocations spécifiques, parce que cette situation est objectivement problématique (allocation de soutien familial ASF, allocation de parent isolé API, aide à la garde d’enfants pour parent isolé AGEPI). Les municipalités, les départements, les régions sont déjà débordés par le soin à apporter à ces familles. Comment expliquer que la loi organise la création de nouveaux « parents isolés » ? Les femmes célibataires peu aisées auront comme les autres accès à cette PMA sans homme, et est-il responsable de susciter ainsi des foyers de précarité qui seront une charge pour la société entière ? Le Parlement a rejeté des amendements visant à instaurer la PMA post-mortem, autrement dit l’insémination de femmes veuves par le sperme de leur conjoint défunt. Ils ont refusé, à juste titre, d’organiser la conception délibérée d’orphelins. Comment envisager dans ce cas la PMA pour les femmes seules ? A tout prendre : un père décédé, c’est une lignée paternelle, des grands-parents, des cousins paternels, la figure du père présente dans le souvenir de la mère, n’est-ce pas finalement préférable à ne pas avoir de père du tout ? La privation de père signifie en effet l’effacement de la lignée paternelle, de la figure de père, une généalogie béante… Je ne dis pas qu’il faut légaliser la PMA post mortem, mais que les raisons qui conduisent à juste titre à l’écarter commandent de façon encore plus impérieuse de rejeter la PMA pour les femmes seules. Cela dit, le qualificatif de « lunaire », qui signifie « incompréhensible », convient aussi pour la PMA pour les couples de femmes qui revient, elle aussi, à organiser l’effacement du père, parce qu’une seconde femme ne remplacera pas le père dont l’enfant aura été privé, quelles que soient ses qualités affectives ou éducatives.

Source : genethique.org

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Commentaire du CPDH

Encore une excellente interview d’Aude Mirkovic de Juristes pour l’enfance. Elle décrypte pour nous l’injustice profonde de la PMA sans père qui privera des enfants de père dès leur origine en leur niant également le droit à une filiation paternelle contre toute vraisemblance biologique. Malgré les évolutions du projet de loi bioéthique au Sénat, il nous faut encore lutter pour le retrait de ce texte et notamment de son article premier ouvrant la PMA à toutes les femmes. Cette mesure est incohérente avec les engagements internationaux de la France et d’autres mesures en faveur de la protection de l’enfant et la lutte contre la pauvreté.