Fin de vie

Toussaint : l’année 2020 est-elle en train de changer notre rapport à la mort ?

Toussaint : l’année 2020 est-elle en train de changer notre rapport à la mort ? 1 novembre 2020
Notre rapport à la mort est elle en train de changer ?

Toussaint : l’année 2020 est-elle en train de changer notre rapport à la mort ? – L’Occident s’est ingénié à masquer le plus possible la mort et le tragique, voire à les nier. Mais le Covid-19 et le terrorisme font bouger les lignes.

Atlantico : Avec le coronavirus, les bilans des décès sont devenus quotidiens, affichés et communiqués. Est-ce un changement de paradigme qui s’annonce alors que la tendance en France, et plus largement en occident, semblait plutôt jusqu’alors de masquer la mort ? Est ce le début d’une tendance de long terme ?

Damien Le Guay : Changement de paradigme ? Oui, de toute évidence. Avant, ce genre de pandémie passait sous les radars médiatiques. Les virus passaient, tuaient des millions de personnes et (pour le dire vite) personne ne s’en apercevait, sinon après coup. Quant à l’idée d’arrêter quoi que ce soit, personne n’y pensait. La vie continuait avec son lot de tragédies – une de plus ou une de moins, l’humanité avait l’habitude. Certes, pour la peste, tout était différent. Mais, pour le reste, les hommes se savaient fort peu protégés, fragiles, entre les mains de Dieu, de la Fatalité ou de la Nature.

Et même si on prend « la grippe espagnole » (qui n’est ni espagnole ni une grippette ; pour être, nous dit Chloé Maurel1, d’origine chinoise et avoir une mortalité élevée) et qui fut cause de la mort de 50 millions de morts, en trois vagues, on est en droit de dire que son étendue, sa dangerosité de part le monde, ses vagues et sa mortalité, ne furent vus que bien des années plus tard, pour ne pas dire des décennies, au point d’avoir réévalué, dernièrement, le nombre de morts.

Et là, en 2020, tout change. Ce qui était acceptable ne l’est plus. Ce qui était ignoré ne l’est plus. Tout se sait, se voit, se vit en temps réel. Et cette sur-information, cette sur-visibilité, cette sur-sensiblité conduisent à une maximalisation du principe de précaution – avec le risque, aussi, inédit jusqu’alors, de procès contre les dirigeants pour défaillance et manque de réactions. Alors, il est permis de bloquer le temps social, d’arrêter l’économie, de suspendre les libertés publiques fondamentales, d’instaurer une méfiance vis-à-vis des autres. Tout cela est inédit. Cela ne s’est jamais vu depuis le début de l’humanité. N’ayons pas peur des mots. […]

Avec les morts liées au coronavirus et celles du terrorisme, la France est-elle d’avantage marquée par la mort qu’auparavant et qu’est-ce que cela change? Quel sens donner à la mort des victimes ?

Oui, en effet, nous avons une conjonction dramatique. Deux drames. Celui de cette épidémie du coronavirus. Celui de cette pandémie du virus de l’islamisme radical. Dans les deux cas, des morts. Dans les deux cas, des inquiétudes, des incertitudes quant à l’avenir

Source : atlantico.fr

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Commentaire du CPDH

Une interview intéressante du philosophe Damien Le Guay qui décrypte notre rapport à la mort. La question du deuil a été abordée de nombreuses fois lors du premier confinement. La mort fait partie de la vie et les rites de passage sont essentiels à la bonne santé psychique de la population. Mais comme le rappelle le philosophe, c’est en accompagnant les mourants jusqu’à la fin, que les vivants pourront mieux accueillir la vie.