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Eugénisme : gommer le mot ou poser des limites. Le choix du comité d’éthique

Eugénisme : gommer le mot ou poser des limites. Le choix du comité d’éthique 12 septembre 2022
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Eugénisme : gommer le mot ou poser des limites. Le choix du comité d’éthique – Malgré l’absence de pratiques coercitives ou d’approche populationnelle, l’emploi de plus en plus répandu de la génétique dans la sphère de la procréation relève bien de l’eugénisme, puisqu’il consiste à manipuler le génome pour améliorer l’espèce. Cette quête de pureté et de performance est-elle néanmoins souhaitable, et ne risque-t-elle pas d’appauvrir la diversité génétique acquise par notre espèce ?

Dans un avis récent, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) s’oppose à l’emploi du terme « eugénisme » pour qualifier « les pratiques médicales contemporaines et la médecine du futur1 ». Pour lui, comme pour nombre de nos contemporains, l’eugénisme correspond nécessairement à une politique d’État et à des pratiques autoritaires2. La critique de cet avis nous paraît nécessaire au moment où ce comité influent se montre progressivement favorable à toutes les propositions de la génétique, laquelle est de plus en plus envahissante dans la procréation comme dans la vie quotidienne. De façon formelle et pour la première fois, le CCNE s’inquiète de la qualification négative d’eugénisme pour les pratiques susceptibles de découler de ses préconisations.

Eugénisme et biomédecine

Le CCNE rappelle à raison l’ancienneté des politiques eugéniques, mais il omet de remarquer que la science n’a pas été capable de contribuer à l’évolution des pratiques eugéniques depuis l’Antiquité jusqu’au xxe siècle : pendant des millénaires, on ne savait qu’empêcher ou favoriser des unions, et tuer des nouveau-nés. Or des progrès scientifiques et techniques contemporains ont révolutionné la proposition eugénique : la stérilisation des femmes (vers 1900), puis la congélation du sperme et la stimulation ovarienne (vers 1970), l’échographie fœtale et la fécondation in vitro (FIV, vers 1980), le diagnostic préimplantatoire (DPI, 1990) et, récemment, les diagnostics génétiques, le séquençage puis la modification du génome.

Ces offres médico-techniques ont fait que l’eugénisme ne passe plus par l’élimination des enfants, une pratique dont la violence exigeait une politique coercitive. De plus, depuis le procès de Nuremberg jugeant les horreurs nazies (1946), divers engagements internationaux ont aussi imposé certaines obligations relatives aux droits des personnes et à la dignité humaine. Ainsi, la science comme le droit ont rendu intolérable autant qu’inutile l’ancien eugénisme autoritaire et violent. Mais ils ont également permis le développement d’un nouvel eugénisme que l’on peut qualifier de libéral, mou, compassionnel ou même démocratique.

Source : esprit.presse.fr

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Commentaire du CPDH

Une réflexion pertinente sur l’eugénisme (volonté d’améliorer l’être humain) avec l’analyse historique du passage d’un eugénisme « violent » (supprimer des enfants, des personnes handicapées) au développement d’un « eugénisme compassionnel ou même démocratique ». Le professeur Jacques Testart livre ici une critique argumentée du glissement des « avis » du Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) qui sont de plus en plus complaisants envers les lobbies de la procréation et de la génétique. Ces pratiques de « sélection » des êtres humains doivent être contestées. Elles le sont ici.