Points de vue Société

Quand les temps deviennent difficiles

Quand les temps deviennent difficiles 17 mars 2020
Quand les temps deviennent difficiles

Contexte : épidémie de coronavirus

L’apôtre Pierre écrit aux églises d’Asie Mineure, à des églises qui sont dans la « dispersion » (1 : 1). A des chrétiens qui ne peuvent pas se retrouver tous ensemble tous les dimanches ! Cette épître a été rédigée entre les années 60 et 64 après la naissance de Jésus-Christ.

Pierre pense à tous ces chrétiens dispersés à qui il désire apporter des encouragements et des instructions afin de les fortifier dans la foi. Les temps sont compliqués politiquement avec un empereur romain (Néron) qui est imbu de sa personne et de son pouvoir. Un homme à la vie dissolue qui règne, à Rome, au beau milieu d’intrigues politiques sordides. Suétone, un historien romain, dans un livre intitulé « la vie des douze Césars », écrit ceci concernant Néron : « Outre ses débauches avec des jeunes gens libres et de son commerce avec les femmes mariées, il fit violence à la vestale Rubia. (…) après avoir fait castrer un enfant nommé Sporus, il prétendit même le métamorphoser en femme, se le fit amener avec sa dote et son voile rouge, en grand cortège, suivant le cérémonial ordinaire des mariages, et le traita comme son épouse. (…) Pour ce qui est des richesse et de l’argent, il estimait que la seule façon d’en jouir était de les gaspiller … »[1]. Voilà le siècle de Pierre et des chrétiens auxquels l’apôtre écrit.

Les temps sont à la démesure et à la luxure. Pierre le sait et il exhorte ses lecteurs : « de même que celui qui vous a appelé est saint, vous aussi devenez saints dans toute votre conduite » (1 Pierre 1 : 15) ; « bien-aimés, je vous exhorte, en tant qu’étrangers et voyageurs, à vous abstenir des désirs charnels qui font la guerre à l’âme » (2 : 11), c’est-à-dire toutes les fêtes paillardes et païennes dans lesquelles Rome étaient en train de sombrer !

Les temps sont à la souffrance. Pierre comprend bien que la bonne conduite de ses frères et sœurs ne va pas leur attirer que des éloges. Eux qui ne rendent pas le mal pour le mal ni l’insulte pour l’insulte (1 Pierre 3 : 9). Les chrétiens se démarquent naturellement de la manière de se conduire de leur époque. Leur morale, leur éthique, leur comportement et leurs idées sur le pouvoir, la conduite sexuelle, l’idolâtrie, l’esclavage, les étrangers, le respect de l’autre … bref : leur vision de l’être humain diffère tellement de celle de leur temps !  Pierre les encourage et les avertis : « Mieux vaut souffrir en faisant le bien, si telle est la volonté de Dieu, qu’en faisant le mal » (3 : 17). Et puisque « Christ a souffert dans la chair, armez-vous de la même pensée » (4 : 1). L’apôtre, par le choix des mots qu’il emploie, et parce qu’il est « ancien » (1 Pierre 5 : 1), fait part de ses recommandations. Comme le Président de la République française a pu parler de « guerre », l’apôtre Pierre parle d’arme. C’est une préparation au combat. Il faut se préparer psychologiquement, c’est que signifie « armer » nos pensées.

Rien d’étonnant de constater que l’apôtre discerne que « la fin de toute chose est proche » (4 : 7). Il sent que la société dans laquelle il vit est en train de basculer. Le contexte dans lequel il vit vacille (et il ne se trompera pas !). Ce ne sera pas la fin de l’histoire, ni encore le temps du retour de Christ, mais toutes les choses que les chrétiens connaissent à cette époque-là  vont s’orienter vers leur fin et l’Empire romain, si fort, si conquérant, chancellera ; Rome brûlera (incendiée par Néron) et puis le temple de Jérusalem sera rasé quelques années plus tard (en l’an 70) …. Alors quelles recommandations lui inspire l’Esprit de Dieu ? Méditons-les car elles sont aussi pour notre époque :

  • Soyez sensés (ou sages) – 1 Pierre 4 : 7. Dans les temps difficiles, ce n’est surtout pas le moment de mettre son intelligence de côté. Il faut au contraire la soumettre à Christ afin de prendre de bonnes décisions pour notre vie quotidienne et afin que notre foi ne défaille pas.
  • Soyez sobres – 1 Pierre 4 : 7. La fuite en avant : plus de consommation, plus d’étourdissements, plus de loisirs, plus de folie, faire plus de réserves, accumuler, se laisser aller à des comportements impulsifs … voilà ce qui nous tente probablement, mais Dieu nous appelle à la sobriété ! Tout le contraire de nos réflexes et de ce à quoi nous engagent la publicité ou les messages que nous recevons via les réseaux sociaux.
  • Prions davantage. La sagesse et la sobriété, elles sont nécessaires « en vue de la prière » (v. 7). Si nous ne perdons pas notre temps à courir dans tous les sens, si nous ne laissons pas nos pensées s’agiter en permanence dans une inquiétude croissante, comme celle que connais notre monde, alors nous aurons du temps à consacrer à la prière. C’est ce temps-là que nous devons aussi faire progresser.
  • Ayez les uns pour les autres un amour constant (v. 8). Les temps sont durs ? Soucions nous de nos frères et sœurs. Soucions-nous de notre prochain, de nos voisins. Ne soyons pas tournés vers nous-mêmes mais prenons soins les uns des autres. Cet « amour constant », que recommande l’apôtre, sait durer dans le temps. Il se poursuit au fil des jours et les difficultés ne l’affaiblissent pas. Au contraire, la préoccupation de nos proches nous amène à faire constamment « mention d’eux dans nos prières » (comme le faisaient Paul pour les chrétiens de la ville d’Ephèse). « L’amour constant », nous conduit à prendre des nouvelles les uns des autres, particulièrement des plus fragiles et à nous encourager dans la foi. Ce fut notamment la raison d’être des épitres que les apôtres nous ont laissé. Imitons-les !
  • Exercez l’hospitalité les uns envers les autres sans murmurer (v. 9). Si nous pouvons nous réunir (et ce n’est pas toujours possible en cas de crise), que ce ne soit pas pour nous plaindre du gouvernement ou de murmurer contre la situation du moment.  
  • Puisque chacun a reçu un don, mettons-le au service des autres (v. 10).  Avons-nous réfléchi à ce que nous pouvons faire pour la communauté des croyants ? Plus les temps sont durs, plus la solidarité est utile, plus le partage est nécessaire. Réfléchissons un instant à ce que nous pouvons apporter, sachons repérer nos dons et mettons-les au service des autres. C’est primordial ! Là encore la Parole de Dieu nous éclaire sur le « comment agir » :
L’action La façon d’agir
Parler Pas n’importe comment mais « selon l’inspiration de Dieu » (v.11). Evitons les discours qui transportent toutes sortes de « fake news » (fausses informations).
Servir Pas n’importe comment mais « par la force que Dieu accorde » (v.11), parce que nos forces ne suffiront pas. Demandons à Dieu son aide.

Le but de toutes ses recommandations est très clairement exprimé par l’apôtre Pierre : « afin qu’en toutes choses Dieu soit glorifié par Jésus-Christ » (v.11).

C’est cela que nous ne devons jamais perdre de vue : la gloire de Dieu.

Quand les temps deviennent difficiles, nos paroles et nos actes doivent, plus que jamais, servir la gloire de Dieu.

« C’est à Christ qu’appartiennent la gloire et la puissance, aux siècles des siècles. Amen ! » (1 Pierre 4 : 11).


[1] Suétone. La vie des douze Césars. Editions Folio classique, p. 337.