Société

Coronavirus : l’éthique pour humaniser l’urgence

Coronavirus : l’éthique pour humaniser l’urgence 10 avril 2020
Une cellule éthique de soutien pour les soignants

Plus l’épidémie de Covid-19 gagne du terrain, plus les soignants doivent répondre à une foule de questions à la frontière du médical et de l’éthique. Une cellule éthique de soutien est désormais constituée dans chaque région pour les aider et épauler chacun d’entre nous.

Jeudi 2 avril 2020, un nouveau message est laissé sur la boite vocale de la cellule de soutien éthique de Normandie :

Mon père est mort dans l’EHPAD où il vivait depuis plusieurs années. J’avais un délai de 24 heures* pour le voir. Comme je m’occupe de ma mère qui souffre de la maladie d’Alzheimer, il m’a fallu un peu de temps pour trouver quelqu’un qui pouvait me relayer. Je suis arrivé 36 heures après sa mort, le délai était dépassé, son corps avait déjà été mis en bière, je n’ai pas pu voir mon père, je suis dépité, désemparé.

Des messages comme celui-ci, il en arrive 5 à 6 par jour auxquels le professeur Grégoire Moutel chef du service de médecine légale et droit de la santé du CHU de Caen s’efforce de répondre en 48 heures avec l’équipe pluridisplinaire qu’il dirige.
Un comité de douze personnes : des médecins, des réanimateurs, des psychiatres mais aussi des philosophes, des juristes, des sociologues, des représentant des usagers. Ils travaillent en lien avec les partenaires du territoires (établissements de santé, établissements médico-sociaux, usagers, Agence Régionale de Santé et Espace Régional de Réflexion Ethique que le professeur Moutel préside également). Leurs décisions sont remontées au CCNE, le Comité consultatif national d’éthique dirigé par le professeur Jean-François Delfraissy.

La loi n’offre pas une réponse sur tout, pour tout le monde

Priorité des patients en réanimation, accès à la chloroquine, suivi des corps des défunts, inhumation, accouchements, confinement des personnes dépendantes… autant de sujets sur lesquels ont travaillé les membres du comité éthique de soutien. 

« Celui qui m’a beaucoup touchée, c’est celui de la liberté d’aller et venir dans les EHPAD. Le fait que des directeurs d’EHPAD puissent décider du confinement en chambre de leurs résidents est inédit, explique Annick Batteur, juriste et spécialiste en Droit privé.

Pour cette ancienne doyenne de la fac de Droit de Caen. « C’est une atteinte disproportionnée à leur liberté. Il faut agir au cas par cas et d’ailleurs le rapport du CCNE, le Comité consultatif national d’éthique va dans ce sens-là. L’état d’urgence sanitaire ne permet pas de réfléchir dans l’urgence sur tout et le comité sert à cela : comprendre l’impact de ces mesures prises en urgence sur la vie des individus et individualiser les mesures, d’avoir du recul, de faire en sorte que chaque décision prise respecte les personnes. »

Source : france3-regions.francetvinfo.fr

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