Société

Bioéthique, quel état des lieux ?

Bioéthique, quel état des lieux ? 15 avril 2020

Science, progrès mais aussi famille ou valeurs, comment repenser la bioéthique à l’heure du coronavirus ? Interrogé à l’occasion de son dernier livre, Rémi Brague, philosophe, revient pour Gènéthique sur les grands enjeux de nos sociétés modernes.

Gènéthique : Pour vous, la famille joue un rôle très important dans la défense, (ou la reconquête) de la civilisation ; en quoi est-elle, une fois de plus, menacée par le projet post-moderne ?

Remi Brague : La famille dont je parle est la famille réussie, non pas ses perversions, car il en existe. Plus une réalité est belle, meilleure elle est en soi, plus horrible elle est quand elle se pervertit. Les Latins le disaient : corruptio optimi pessima. Il ne faut pas idolâtrer la famille réelle. N’oublions pas que la plupart des cas de pédophilie se passent entre membres d’une même famille, entre père en enfants, oncle et nièce, voire entre beau-père et belle fille dans une famille dite « recomposée ».

Ne parlons donc que de la famille telle qu’elle devrait être et telle qu’elle est, heureusement, assez souvent. Le propre de la famille est qu’elle est un lieu où les personnes sont aimées pour elles-mêmes, indépendamment de leurs réalisations. Partout ailleurs, nous recevons avantages matériels et honneurs en fonction de ce que nous produisons ou des services que nous rendons. Il serait injuste de procéder autrement. Mais la famille est un espace de gratuité, où l’on va au-delà de la justice. Elle est le lieu où l’on apprend à connaître et à apprécier ce qui ne sert à rien, mais qui, tout bêtement, est vrai, est beau, est intéressant, est digne qu’on s’en occupe, qu’on le préserve comme un précieux trésor à léguer à nos descendants. C’est-à-dire les éléments fondamentaux de la civilisation.

Ce qui menace la famille est le modèle du marché. Le marché est une très bonne chose, il permet de fixer le juste prix des commodités, marchandises ou services. Encore faut-il ne pas y réduire tout ce qui est, si j’ose dire, par-dessus le marché ». Or, si l’on s’accoutume à appliquer la logique du marché en dehors de son domaine propre, on va tout simplement oublier que nous sommes des êtres personnels qui ont affaire avec des êtres personnels. On va considérer des êtres humains comme des commodités à produire sur demande et que l’on pourra acheter. Regardez ce que l’on voudrait nous faire accepter en le dissimulant sous le sigle GPA, et qui est en fait une location d’utérus. Jusqu’à présent, la prostitution se limitait à louer des vagins pour un temps bref. Avec la GPA, on va plus haut dans le corps féminin, et pour plus longtemps. 

Source : genethique.org

Découvrir l’article sur le site d’origine

Commentaire du CPDH

Une interview très intéressante de Rémi Brague, philosophe. Il nous expose sa vision du projet de loi bioéthique, « barbare » selon lui car il applique une logique marchande à l’humain en confondant science et méthode scientifique. A lire !