Points de vue

Une « réserve à sauvages » dans le meilleur des mondes ?

Une « réserve à sauvages » dans le meilleur des mondes ? 5 mars 2013

Lorsque le bonheur personnel se construit sur la mort d’autres individus, il y a objectivement un problème de logique éthique et sociétale. Les architectes d’un tel modèle oublient que la matière première d’une société est toujours la vie et que sans elle, eux-mêmes n’existeraient pas. Or, c’est précisément cette disparition d’éthique qu’appréhendait déjà Aldous Huxley lorsqu’il écrivit « Le meilleur des mondes » en 1932.

Pour l’auteur de ce que plusieurs considèrent comme une forme de prophétie sociale, il s’agissait non pas d’écrire une utopie mais bien une dystopie proposant l’un des pires mondes qui puissent être envisagés, sous des apparences de perfection. 

Dans cet univers du « meilleur des mondes », les humains sont créés en laboratoires et certains sont volontairement endommagés avant leur naissance par l’État mondial (dixit Huxley) pour permettre à d’autres de concrétiser leurs projets de vie. Dans cette société futuriste, la notion de parenté y est dérangeante et les relations sexuelles multipartenaires sont devenues des jeux expurgés du sentiment amoureux. Celles et ceux qui ne se conforment pas à ce mode de vie sociétal sont alors placés dans des « réserves à sauvages ». 
C’était le cauchemar d’Aldous Huxley.

Pourtant, le site mere-porteuse.net propose aujourd’hui d’acheter des packs de fécondation « succès garanti » en soulignant que « les ovocytes fécondés vivent jusqu’au stade des blastocystes ». Pour reprendre les termes de cette entreprise, « la culture des embryons est poussée jusqu’à 5 jours ». Autrement dit, ceux-ci sont laissés en vie plus longtemps, pour accroître l’efficacité du traitement avant que ne soient condamnés ceux qui ne correspondent pas aux critères. Si vous hésitez, l’entreprise BioTexCom vous propose une « réduction du printemps » comme aide à la décision et même un remboursement en cas de « résultat négatif » ! Un catalogue de mères porteuses complète une offre « tout compris » à 27 900 euros.

Ceux qui seront intéressés par ce site pourront être, par exemple, des couples d’hommes qui déjà en France, bénéficient via l’ADFH (Association Des Familles Homoparentales) « du plus grand retour d’expériences en matière de Gestation Pour Autrui (GPA, ou mères porteuses) », ceci pour les aider, entre autres, « à concrétiser leur rêve de fonder leur famille, tout en faisant des choix éthiques et humainement responsables ».

Alors, de vous à moi, si ces choix sont considérés aujourd’hui comme « éthiques et humainement responsables », je crains de devoir bientôt rejoindre à mon tour, les « réserves à sauvages » du meilleur des mondes d’Aldous Huxley.

Franck Vermesse