Points de vue

Prescription exceptionnelle de Rivotril dans le contexte de la crise COVID

Prescription exceptionnelle de Rivotril dans le contexte de la crise COVID 24 avril 2020
Covid 19 et Rivotril

Certains observateurs se sont émus d’un décret récent publié par le ministre de la santé concernant la possibilité pour les médecins de ville de recourir à titre exceptionnel à la spécialité pharmaceutique Rivotril. Ce décret intervient dans un contexte de pénurie en midazolam, une autre molécule utilisée à la fois en réanimation et dans les situations palliatives, notamment pour deux de ses propriétés, à savoir le traitement de l’anxiété et la diminution de la fréquence respiratoire. Depuis 2012 la prescription du Rivotril avait été très encadrée en raison du risque très important de dépendance à cette molécule.

En tant que soignant, la première réaction, lorsqu’on entend brandir le risque euthanasique en lien avec cette dérogation, est une immense peine mêlée de colère. Cette dérive euthanasique s’oppose en effet au combat que l’immense majorité des soignants mène en temps habituel pour les patients fragiles, et de façon peut-être encore plus intense depuis cette crise sanitaire.

La décision de limiter les soins chez une personne présentant des pathologies graves ne date pas du mois de mars 2020. Ce qui est potentiellement traumatisant est de devoir limiter l’accès à la réanimation à une personne qui en dehors de tout contexte de saturation des ressources y aurait été prise en charge. Mais il est violent de sous-entendre que les soignants pourraient prendre cette décision de gaité de cœur et dans ce cas se résoudre à « administrer la mort », réveillant ainsi les assassins qui dormiraient en chacun d’eux.

Dans l’établissement où je travaille, il n’est pas rare que nos patients, fragiles, dépendants ou atteints de cancers métastatiques fassent l’objet, en cas d’aggravation de leur état de santé, d’une décision collégiale de limitation des thérapeutiques actives, ou pour le dire autrement, du refus de l’acharnement thérapeutique. Notre défi pour ces patients est de leur apporter les meilleurs soins en espérant qu’ils « passeront le cap », même s’ils ne passent pas par la réanimation. Cela veut dire tout mettre en œuvre pour qu’avec des soins proportionnés ils puissent guérir de l’infection qui met aujourd’hui en danger leur vie. Notre responsabilité est de manier les traitements à notre disposition dans l’objectif de soulager nos patients, notamment en cas de détresse respiratoire, que ce soit dans un contexte de fin de vie ou non. Cela n’a rien à voir avec une forme de résignation qui nous conduirait à pousser des seringues pour en finir au plus vite avec les plus fragiles d’entre nous.  Les applaudissements le soir à 20 heures aux balcons des immeubles, nous les recevons comme la reconnaissance que, quelles que soient nos limites matérielles et humaines, nous aurons fait de notre mieux.

Laetitia Dutilleul, médecin de rééducation, administratrice du CPDH.

Pour approfondir le sujet, vous pouvez consulter également l’article rédigé par le Docteur Wolga.