Points de vue

Pourquoi la dignité humaine est-elle devenue un enjeu politique?

Pourquoi la dignité humaine est-elle devenue un enjeu politique? 3 mars 2014

Le respect de la dignité de tout être humain est au coeur de toutes les grandes déclarations relatives aux droits de l’homme à caractère universel depuis la déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789 jusqu’à la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Ces différentes déclarations ont finalement abouti à un texte juridiquement contraignant, signé par 74 états. Il s’agit du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. 

Fondé sur les principes d’égalité, de liberté et de fraternité, le concept de dignité humaine a émergé dans des pays dont le système de valeurs et de pensées s’inscrivait dans un héritage judéo-chrétien, donc dans une Vérité absolue et immuable, donnant une valeur intrinsèque à l’homme, parce que créé à l’image de Dieu. On pensait donc avoir défini de manière universelle et intemporelle la dignité humaine. 
Mais cette belle unanimité a volé en éclats avec l’émergence, dans les pays occidentaux, à partir des années 70, d’une nouvelle conception de la dignité humaine, issue de la pensée humaniste, et imprégnée d’individualisme et de relativisme
Celle-ci engendre un véritable bouleversement du système des valeurs et principes régissant nos sociétés, faisant de facto de la dignité humaine un enjeu politique donc électoral, que ce soit au niveau national, européen ou international.

Quelles conséquences ? 

  • La conception traditionnelle et universelle de la dignité humaine est construite sur du roc, car fondée sur une vérité absolue et immuable : le bien ne devient pas mal et inversement. La conception moderne et occidentale de la dignité humaine est construite a contrario sur du sable, car fondée sur une vérité relative et donc par définition temporaire. Ce qui était mal hier peut devenir bien aujourd’hui et inversement. Il en résulte une grande incertitude sur sa définition même. 
  • Dans la conception traditionnelle et universelle de la dignité humaine, il est impossible de perdre sa dignité, car celle-ci s’attache à l’être. Que l’on soit foetus, enfant, adolescent, adulte, vieillard, pouvant faire ou ne pouvant rien faire, l’homme est digne parce qu’il est. Dans la conception moderne et occidentale de la dignité humaine, on peut perdre sa dignité, car celle-ci se fonde sur le faire. Parce que je ne suis pas encore pleinement développé (foetus), je n’ai pas encore de dignité humaine ; parce que je suis diminué physiquement ou psychologiquement, je n’ai plus de dignité. Il en résulte des catégories de « soushommes » : pas encore tout à fait hommes, plus tout à fait hommes.
  • Dans la conception traditionnelle et universelle de la dignité humaine, bien individuel et bien commun sont liés : ce qui est bon pour l’individu est bon pour la collectivité et inversement. Dans la conception moderne et occidentale de la dignité humaine, bien individuel et bien commun se séparent, le premier prévalant sur le second. Désormais, le bien individuel s’exerce au détriment du bien commun.

Ainsi, alors que tous parlent de dignité humaine, tous ne définissent pas cette dignité humaine de la même manière.
Ainsi, alors que tous invoquent la défense de la dignité humaine, tous ne vont pas défendre la même dignité humaine. 
De notre conception traditionnelle et universelle ou moderne et occidentale de la dignité humaine, découle une conception raditionnelle et universelle ou moderne et occidentale du vivre ensemble, une conception traditionnelle et universelle ou moderne et occidentale des droits et devoirs de l’être humain. 

Oui, la dignité humaine est désormais un enjeu politique majeur !

 

Delphine Michard
Chargée d’affaires européennes