Points de vue

Ne vous inquiétez de rien

Ne vous inquiétez de rien 6 avril 2020
Ne vous inquiétez de rien

Dans l’Évangile de Matthieu 6. 24-34, nous trouvons trois fois l’injonction : Ne vous inquiétez pas !


Ne vous inquiétez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez ou de ce que vous boirez, ni, pour votre corps, de ce dont vous serez vêtus. Ne vous inquiétez donc pas, en disant : “Qu’allons-nous manger ?” Ou bien : “Qu’allons-nous boire ?” Ou bien : “De quoi allons-nous nous vêtir ?” Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car le lendemain s’inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine. …

« De ce que vous mangerez »

Les premiers soucis d’inquiétudes évoqués par Jésus dans le Sermon sur la Montagne, sont la nourriture et le vêtement. Nous pourrions nous en étonner ; n’est-ce pas une considération trop matérielle pour un sermon ? Mais Jésus analyse les choses autrement, surtout lorsqu’il ajoute cette question : « La vie n’est-elle pas plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement ? » Oui la vie est plus que cela, mais sans cela diront certains, la vie n’est pas intéressante ! Ce que Jésus veut dire, c’est que pour les gens des nations (v 32), la nourriture et le vêtement sont des références et des indices essentiels à une façon de vivre. Un magazine de Psychologie titrait récemment : Dis-moi ce que tu manges, je te dirais qui tu es ! Il paraît que nous mangeons ce que nous sommes et que nous sommes ce que nous mangeons. Nous pourrions faire toute une étude biblique sur la notion de manger, sur la nourriture, sur l’identité même liée aux régimes alimentaires que nous nous imposons. Boulimie et anorexie ne sont que des extrêmes, mais ces extrêmes parlent de l’être tout entier et de son rapport avec la vie, l’environnement, le monde et lui-même. Regardez aujourd’hui le véganisme, ses « doctrines » et ses extrémistes…

« Ni de quoi vous vous vêtirez ! »

Ici aussi, il semble qu’il faille dépasser le sens premier de ce que Jésus déclare. Le vêtement, c’est ce qui nous cache, et ce qui est montré de nous aux autres. Les vêtements sont le moyen que nous avons pour nous présenter aux autres, et de nous montrer tel que nous voudrions qu’ils nous voient. Le vêtement nous protège, mais il soigne aussi notre apparence, et c’est parfois une façon de tromper ceux qui nous entourent (travestir). Pensez à la tyrannie des modes qui formate les adolescents et les contraignent aux marques, au look imposé pour être admis dans la tribu. La première conséquence du péché, selon Genèse 3, c’est la peur (l’inquiétude est née !), et le premier réflexe est de se cacher de l’autre (avec les vêtements de feuilles) avant de se cacher de Dieu. Mais souvenez-vous de la façon dont Dieu nous regarde : il ne se fie pas à l’apparence, mais il regarde au cœur : « L’Éternel ne considère pas ce que l’homme considère ; l’homme regarde à ce qui frappe les yeux, mais l’Éternel regarde au cœur. » (1 Samuel 16. 7). Dieu nous voit tel que nous sommes. Bas les masques !

Qu’y pouvons-nous ?

Si nous poursuivons les propos de Jésus, nous recevons une nouvelle information : S’inquiéter n’aide pas vraiment ! « Qui de vous peut, par ses inquiétudes, rallonger tant soit peu la durée de sa vie ? ».
Les inquiétudes sont des pensées qui se déclenchent souvent avec « et si… » Ce qui mène à l’anxiété. Les conséquences de l’anxiété sont, selon les médecins : perte d’énergie ; irritabilité ; problème de concentration ; perte de sommeil ; épuisement moral, mental et physique…
L’inquiétude produit la peur, l’insécurité, le doute. Et ces fragilités peuvent conduire à des drames.
Adam s’inquiète, il a peur, et il se cache de Dieu.
Un vieux proverbe signale : « La peur des problèmes pose souvent plus de problèmes que les problèmes eux-mêmes ». Face à cette évidence que l’on ne peut rallonger sa vie en s’inquiétant, nous pouvons relire un verset de Proverbe 3. 1 : « Mon fils, n’oublie pas mes enseignements, Et que ton cœur garde mes préceptes ; Car ils prolongeront les jours et les années de ta vie, et ils augmenteront ta paix (ta quiétude) ».

Regardez ailleurs

Parce que nous risquons de nous focaliser, jusqu’à l’obsession, sur nos inquiétudes, Jésus veut détourner notre attention pour fixer notre regard ailleurs : « Regardez les oiseaux du ciel… Regardez les lys des champs… ». On est émerveillé par ces images et par la bienveillance de Dieu, lequel vient au secours de notre inquiétude. Mais le propos de Jésus est à double tranchant parce qu’il diagnostique, au détour de ses belles phrases, le problème : gens de peu de foi ! C’est le manque de foi qui produit l’inquiétude.
Souvenez-vous des propos de Paul : « Ne vous inquiétez de rien ; mais en toute chose faites connaître vos besoins à Dieu par des prières et des supplications, avec des actions de grâces. Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus-Christ. » (Philippiens 4. 6-7).

Demandez

Il convient de redéfinir le mot supplication : ce sont des prières, mais avec une connotation très forte d’humilité et de soumission. Cela marque la différence qu’il y a entre Dieu et nous : nous ne sommes pas face à un copain de régiment, mais devant le Dieu trois fois saint, le créateur de l’univers. Nous n’avons rien à réclamer, rien à revendiquer, aucun droit à faire valoir. Nous sommes dans l’attitude de celui qui implore, et non de celui qui réclame. Mais nous pouvons nous adresser à lui, suppliant, parce que Dieu est bienveillant et que chez lui, tout est grâce.

Cherchez

« Cherchez d’abord le règne de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. »
Pourquoi Jésus dit-il cela ?
Parce que nos préoccupations, nos soucis, nos inquiétudes, nos peurs obstruent notre vision et la rétrécie. Du coup, nous nous faisons une montagne de ce qui n’est qu’une colline. Nous ne voyons plus que ce qui nous inquiète. Ce sont les gros nuages qui nous empêchent de voir le soleil. Les nuages ne sont pas des mirages, mais le soleil est tout aussi réel et il serait dommage de l’oublier.
Vous est-il arrivé de prendre l’avion et de décoller sous la pluie et le brouillard. Vous êtes en plein jour, mais tout est bouché. Puis, l’avion prend de l’altitude et à un moment, il passe au-dessus des nuages, et soudain, une immensité paisible, lumineuse, merveilleuse. Et vous pensez aux gens qui sont restés tout en dessous, dans la grisaille. Vous avez envie de les appeler pour leur dire : le soleil existe, je l’ai retrouvé !
Jésus insiste : Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice. Il ne dit pas : Cherchez premièrement Dieu… Mais le Royaume de Dieu et sa justice ! Surprise. Et dans ce contexte, de quoi Jésus parle-t-il ?

Ne vous trompez pas de royaume

Le texte de Matthieu – sur lequel nous nous arrêtons – ne commence pas là où nous l’avons fait commencer :
Ne vous inquiétez pas, pour votre vie…
Il y a une locution de transition avant : « C’est pourquoi… »
Ainsi donc, le « Cherchez d’abord le règne de Dieu… » est la suite directe et logique de « C’est pourquoi… »
Mais c’est pourquoi quoi ? Voir le verset précédent :
« Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l’un, et aimera l’autre; ou il s’attachera à l’un, et méprisera l’autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. C’est pourquoi ne vous inquiétez pas… »
Jésus parle de deux maîtres possibles. En fait, nous devons choisir le royaume auquel nous appartenons. D’un côté un royaume spirituel, de l’autre un royaume matériel. D’un côté Dieu, de l’autre Mamon. La question
surgit : qui règne en moi ?

Demain est un autre jour

Ne vous inquiétez donc pas du lendemain, car le lendemain s’inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine…
Il faut avoir assez confiance pour vivre au jour le jour. Nous aimons tout prévoir, programmer, voire régenter parce que nous voudrions, quelque part, être le maître de notre vie et de notre destin, et parfois celui des
autres. Mais il faut bien admettre, une fois pour toute, et nous en souvenir chaque matin : la vie est toujours, pour nous, imprévisible. Notre cerveau voudrait tout contrôler alors que la vie est l’imprévue par essence.
L’inquiétude assombrit notre aujourd’hui pour un lendemain qui n’existe pas encore. Du coup, le lendemain occulte la joie d’aujourd’hui. L’inquiétude fait souffrir deux fois, selon un psychologue. Est-ce nécessaire ?
Jésus déclare être le Pain descendu du ciel, celui dont nous devons nous nourrir. Dans la prière, il nous enseigne : « Donne-nous chaque jour notre pain quotidien… »
Avez-vous noté la redondance : chaque jour/quotidien. C’est donc bien au jour le jour !
Le lendemain prendra soin de lui-même.


Remettre à Dieu, ce n’est pas se démettre, c’est lui faire confiance. C’est reconnaître que Dieu est Dieu et que tout dépend de lui. Vivons tout cela dans la confiance, dans la quiétude.

Eric Denimal, vice-président du CPDH

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