Points de vue

Les libertés mises à mal

Les libertés mises à mal 25 mai 2020
Les libertés mises à mal

Sur fond de pandémie, des risques autres que sanitaires

Il aura fallu que le Conseil d’État frappe du poing sur la table pour signaler au Premier Ministre ce qui semble avoir été une nouvelle bévue dans les communications officielles du Gouvernement. En effet, la plus haute juridiction administrative a estimé que l’interdiction de réunion dans les lieux de cultes étaient « une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté. »

Or, ce n’est pas là le seul couac par lequel chacun a pu noter une volonté farouche de la part de l’État de tout contrôler, en oubliant au passage la plus élémentaire des vertus républicaines et démocratiques : la liberté individuelle du citoyen.

Paul Éluard ne sait plus où écrire ce mot.

Au nom de la précaution

La liberté d’expression est, depuis plusieurs décennies, de plus en plus muselée au nom de principes perfides, de sensibilités exacerbées et le droit paradoxal de pouvoir dire n’importe quoi. Sans oublier le « politiquement, le religieusement, le socialement correct ».

La liberté de circulation a également été écornée, voire éventrée avec le confinement imposé de façon drastique, allant même jusqu’au couvre-feu en temps de paix. Au nom du risque sanitaire ! Mais il est fort à parier que les Pouvoirs Publiques voulaient aussi se préserver d’une panique générale qui pouvait jeter toutes les populations du monde sur les routes, les autoroutes avec son lot de désordres, de révoltes, de colères, de pillages, de casseurs… Obliger les gens à rester chez eux était une façon de figer le peuple dans le doute et la peur. La frayeur est toujours instrumentalisée pour contenir, dominer, gouverner. Avec même une note perfide de culpabilisation : « Restez chez vous, c’est sauver des vies ». Dès lors, les frondeurs deviennent des assassins.

Voilà donc pour enfermer les gens, surveiller les sorties, limiter les déplacements, interdire les rassemblements.

Quand on confond dépistage avec pistage !

Dans les mesures de prévention de plus en plus contraignantes est apparu le spectre du « tracking ». On parle alors du traçage numérique des citoyens (volontaires, dans un premier temps) pour retrouver l’historique de leurs relations sociales afin de les prévenir s’ils ont côtoyé un malade testé positif. Cette pratique – que plusieurs start-up françaises étaient prêtes à rendre possible avec un enthousiasme de jeunes loups assoiffés de gloire – a été envisagée par le Gouvernement et Cédric O, secrétaire d’État au numérique. Pour faire passer le chameau, le projet s’est appelé « StopCovid » ; comment ne pas être d’accord ? Big Brother de 1984 n’est définitivement pas le fruit d’une fiction.

Ceux qui soutiennent ce type de surveillance et de contrôle sont d’une naïveté irresponsable lorsqu’ils déclarent qu’il faut « se donner tous les outils pour pouvoir vaincre le virus, y compris les outils de traçabilité de façon encadrée et bornée dans le temps. » (Stanislas Guerini, LREM).

Comme rien ne s’efface aujourd’hui, comment prétendre qu’il n’y aura pas de stockage des données qui permettront de vérifier qui vous fréquentez. Quand, parfois à mon insu, mon portable note mes lieux de passage, comment éviter les géolocalisations clandestines ? Quand nous sommes dans le royaume des champions aux contournements des règles, comment croire que l’on peut encadrer et borner qui que ce soit ? Par ailleurs, si on est assez lucide pour réclamer des garde-fous, c’est bien qu’il y a folie !

Hippocrate se retourne dans sa tombe

La série d’attentats que l’Europe, et particulièrement la France, ont subi, voilà quelques temps, a ouvert la porte à toutes sortes de nouveaux contrôles, à des surveillances sournoises parce que non déclarées, à des enregistrements obligatoires ou automatiques. Le terrorisme a ainsi donné une certaine légitimité à ces procédures dites protectionnistes. Le coronavirus augmente les possibilités et accentue les mesures restrictives. On parle de protection, de tutelle, mais le revers à peine dissimulé est espionnage et flicage.

Avec l’excuse pratique de précipitations et d’urgences rondement orchestrées, des décisions sont imposées, même si elles paraissent saugrenues. La peur de la contagion et le besoin de l’éradiquer a même conduit l’Assurance Maladie à offrir 2 € au médecin qui signalerait une personne atteinte du Covid-19, et 4 € s’il fournit des informations complémentaires. Hippocrate se retourne dans sa tombe ! Pourtant, le professeur Yves Buisson, épidémiologiste de l’Académie de Médecine s’étonne de notre surprise : « Il y a de bonnes idées, mais comme elles sont mal présentées, elles sont refusées. » Et tant pis pour l’éthique et le secret médical.

Bien sûr, certaines idées sont aussitôt retirées face au tollé qu’elles provoquent, mais c’est encore là une stratégie : reculer pour mieux revenir puisque désormais l’idée circule et sera bientôt rendue possible.

Comme des moutons vers ceux qui les tondent

Or, si la boîte de Pandore s’ouvre, on sait qu’il est impossible de la refermer, même après la pandémie et ses mesures exceptionnelles. Quant au Premier ministre, il propose des « brigades sanitaires », à l’écoute des délations, dans chaque région. Qui l’eût cru ? Les dragonnades sont de retour !

Entre l’enfermement – à l’insu de notre plein gré – dans le numérique qui contrôle tout sans lequel il devient impossible de vivre, les manipulations fallacieuses des informations anxiogènes et les mesures coercitives successives, lesquelles réduisent toutes nos libertés, nous continuons à être conduits, téléguidés, dans une démocrature, une dictature se cachant sous les traits d’une démocratie.

Faut-il s’étonner de ces filets de mieux en mieux tendus ?

Ne savions-nous pas que les bisounours, comme le Père-Noël, n’existent pas ?

Avons-nous oublié que notre humanité a toujours été le théâtre et le jeu d’intérêts puissants dont le côté obscur est l’axe central ?

Le Français – qui aime les révolutions pour réinstaller celui dont il coupera la tête – est peut-être ce veau dont parlait, paraît-il, le général De Gaulle. Va-t-il se laisser tracer jusqu’à l’abattoir ou va-t-il se transformer en taureau de corrida ?

Ce qui doit arriver

La bonne posture, dans cet environnement aux éclats blessants, se trouve dans le rôle de sentinelle qui observe, analyse, prévient, averti et dénonce. Patient, sage et déterminé, le factionnaire de garde surveille celui qui surveille. Il échappe à la tentation de riposte et de surenchère dans l’oppression et la violence. Peut-être même peut-il remettre de l’ordre dans le chaos.

C’est ce rôle que le chrétien peut tenir, au nom de la justice, du pauvre, de l’affligé, du persécuté, de l’oublié jusqu’à saisir le sens dynamique des Béatitudes.

S’il s’étonne de la noirceur du monde et de la perversion des hommes, il doit aussi se souvenir qu’un certain nombre de prophéties évoquent la traçabilité des êtres réduits à l’esclavage, la perte des libertés de paroles et d’actions. Ces choses doivent arriver. On ne pourra pas les empêcher ni les éviter. Cependant, s’il y a prophéties, il y a prophètes et donc messages de Dieu. La Parole permet de saisir une vérité à ne jamais oublier : Dieu ne se laisse pas dépasser par les événements, et moins encore par les hommes. Il est le maître du Temps et de l’Histoire. Il a le premier et le dernier mot. Dans ce contexte, ce qui sauve, c’est l’amour du prochain, et non son exploitation. C’est de cet amour que nous devons être habité. Le premier geste d’amour, c’est mettre la lampe sur la table pour éclairer toute la maison.

Eric Denimal