Points de vue

Le Nobel, trop noble pour nous ?

Le Nobel, trop noble pour nous ? 17 octobre 2012

De l’humilité, voilà ce qu’il nous faut. Un prix Nobel ne lavera pas le sang versé sur cette terre ravagée par ses guerres, pas plus qu’il n’enlèvera le poids d’une conscience chargée par la poudre.

Pour garder bonne conscience, les hommes sont prêts à se donner des titres. Lorsque ceux-ci servent à nourrir l’effort, il va de soi qu’il faut poursuivre la lutte mais que jamais, au grand jamais, nous ne nous reposions sur un quelconque « acquis ». Les équilibres sont encore trop fragiles pour oser crier à la face du monde que nous sommes des exemples en l’art de « construire la paix ». Rien que de proclamer cela peut irriter les plumes, à en lire les multiples articles qui fusèrent après l’annonce de cette nomination.

Oui, de l’humilité, il nous en faut. Il est vrai que des efforts remarquables ont été entrepris par les peuples et par certains gouvernements pour tenter d’apporter par le biais de la démocratie, un remède aux hostilités nationales. Il suffit de penser à la réconciliation entre l’Allemagne et la France, à l’adhésion de la Grèce, de l’Espagne et du Portugal sous condition d’introduction de la démocratie, à l’espoir formulé autour des admissions prochaines de la Croatie, à l’ouverture des négociations d’adhésion avec le Monténégro, la Serbie, la Macédoine qui contribueront à accroître l’espérance d’une stabilité dans les Balkans.

C’est ce qu’a remarqué la commission chargée d’octroyer l’auguste prix. Mais sommes-nous à cours de héros en ce qui concerne la paix ? Ne pourrait-on pas plus humblement, saluer les efforts « bien ajustés » et les contributions engagées par l’Europe sans pour autant attribuer de prix ? Ne pourrait-on faire une pause sabbatique sur l’octroi de ce titre qui semble devoir être émis à tout prix, et ce, pour nous permettre de réfléchir au fait qu’un euphorisant aussi distingué soit-il, risque plus de nous endormir dans nos efforts de lutte que de nous aiguillonner pour faire mieux.

Ne laissons pas nos consciences s’engourdir par ce titre. La paix, nous voulons la forger, y travailler de toutes nos forces, de toutes nos convictions mais nous ne sommes pas dans cette paix protectrice à laquelle certains médias veulent nous faire croire. Pour que les ennemis historiques deviennent de fraternels associés1 forgés dans une confiance mutuelle et une estime réciproque, il faudra surtout prendre conscience que la guerre se tapit au fond de chacun de nos égoïsmes personnels et nationaux et plutôt que de nous laisser éblouir par des faits qui ne sont pas, nous ferions mieux de refuser ce prix pour servir cette fois d’exemple en ce qui concerne l’humilité, véritable amorce de la paix.

Franck Vermesse


 

1 Littéralement « fraternity between nations ». Voir le communiqué de presse de la commission d’attribution des prix Nobel sur http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/peace/laureates/2012/press.html