Points de vue

Le bateau ivre de l’école

Le bateau ivre de l’école 3 mars 2014

L’inquiétude grandit chez de nombreux parents. Le monde de l’éducation est ébranlé jusque dans ses fondements : la vision de l’homme, de l’enfant et de la famille se transforment, l’incursion du politique dans la sphère privée ne cesse de progresser, le dernier
projet de loi visant à limiter la possibilité d’instruction obligatoire donnée par la famille à domicile en est un dernier exemple. 

La position du «grand écart» est de plus en plus inconfortable pour les familles, entre les valeurs chéries transmises dans le cadre familial et celles véhiculées dans les écoles, sous prétexte d’égalité entre les sexes pour ne prendre qu’un exemple parmi
de nombreux autres. 

Face à cette tension, deux attitudes sont possibles, qui ne s’opposent pas : le choix de la résistance, avec ses moyens de manifestation, de prise de parole dans les débats et nous sommes alors dans la réaction, attitude nécessaire mais qui a ses limites et qui peut engendrer des crispations non productives ; cette réaction doit s’accompagner du choix de la construction, en utilisant le cadre légal qui nous est offert pour assurer une éducation et un enseignement conformes à nos convictions religieuses et philosophiques, droit garanti par la constitution Européenne1

Construire, c’est par exemple proposer d’autres modèles d’écoles, où la cohérence serait assurée entre les convictions vécues dans la famille et celles véhiculées par l’école, puisque ces convictions sont en perpétuel changement, en ballottage continuel, livrées aux flux et reflux des courants philosophiques.

Construire, c’est poser d’autres fondements et proposer d’autres modèles d’éducation, non pas dans une attitude de repli sur soi identitaire, mais dans celle qui consiste à être sel et lumière, source d’inspiration et de bénédiction pour la génération et la société tout entière. 

Construire, c’est prêter attention à notre « mandat culturel » qui nous commande de prendre toutes nos responsabilités en matière de transmission, d’éducation, de formation.

Le «bateau» de l’école, de l’éducation, est ballotté au milieu d’un océan déchaîné. Il a depuis longtemps largué toutes ses amarres, s’étant affranchi de l’ancienne vision chrétienne du monde, et se retrouvant ainsi sans port d’attache, sans repères absolus, sans étoiles pour le guider.

Sachons utiliser tous ces vents contraires pour «naviguer au près», remonter ces vents, utiliser leur force pour reprendre toutes nos responsabilités, éclairés d’une autre lumière que celle que nous voyons briller actuellement. 
Sachons être ces thermostats qui régulent la température de la société, en finissant avec l’attitude de thermomètres qui se contentent de l’enregistrer.
Sachons éduquer autrement, riches d’une autre vision de l’homme, de son origine et de sa destinée, riches d’un héritage millénaire, mais aussi d’un héritage à venir, objet des promesses de Dieu pour chacun de nous, et pour nos enfants en particulier. Sachons enseigner en étant véritablement ces «porteurs de signes», et, par là même, ces ambassadeurs d’espérance, ces repères, et, plus simplement, ces pères et ces mères dans le pays.

 

Luc Bussière, Président de l’AESPEF, membre du CNEF
Association des Etablissements Scolaires Protestants Evangéliques en Francophonie
www.aespef.org


 

1 Voir en particulier le Protocole additionnel de la Déclaration Universelle des droits de l’homme,
1er, Art. 2