Points de vue

Apprendre à t’aimer

Apprendre à t’aimer 4 septembre 2020
Apprendre à t'aimer

Mardi 8 septembre sort sur M6 le téléfilm « Apprendre à t’aimer »  de la réalisatrice Stéphanie Pillonca. Déjà primé, il nous invite en toute humilité, à changer de regard sur la trisomie 21 et les enfants porteurs de handicap que notre société rejette trop souvent.

A l’occasion de la sortie du film, le CPDH a interviewé pour vous les parents d’une des jeunes actrices, Marjolaine et Romain Roux, une famille chrétienne de région parisienne qui nous fait le plaisir de répondre à nos questions !

Découvrez leur témoignage, fort, beau et plein d’espoir !

1. Votre enfant est « la fille de Franck et Cécile » dans le téléfilm « Apprendre à t’aimer », qu’est-ce qui vous a décidé à engager votre enfant dans ce film ?

Nous avons été contacté il y a un peu plus d’un an par la réalisatrice Stéphanie Pillonca via notre compte Instagram (@lajolieviedenaomi) où l’on raconte comment se vit la trisomie 21 au quotidien. Elle est ensuite venue chez nous pour nous expliquer son projet et elle nous a beaucoup rassuré. Nous avons perçu ce film comme une belle opportunité de contribuer à faire changer les regards sur la trisomie et sur le handicap de manière plus générale, alors nous n’avons pas hésité longtemps. 


2. 96% des diagnostics anténataux de trisomie 21 aboutissent à une interruption médicale de grossesse (IMG), comment percevez-vous ce chiffre ? Qu’est-ce qui vous a amené à choisir de poursuivre la grossesse ? 

Ce chiffre nous attriste énormément mais nous ne jugeons pas les personnes qui ont fait ce choix.  Accueillir un enfant porteur de handicap peut faire peur. Cela peut être très angoissant, surtout lorsque l’on est peu ou mal informé, ce qui est malheureusement le cas pour beaucoup d’entre nous. De plus, rien n’est vraiment fait pour vous rassurer. Dans notre cas, le corps médical a tout de suite présupposé que nous allions interrompre la grossesse. Une fois que nous avons exprimé notre choix, il a été respecté et on nous a alors donné le contact de l’association Trisomie 21 de la région pour que l’on puisse s’informer. Nous avons eu la grâce de n’avoir que des proches bienveillants qui ont su à la fois entendre notre tristesse et notre inquiétude mais qui nous ont soutenus dans notre choix. Mais ce chiffre doit nous interroger, parce qu’il est aussi le reflet du peu de place qui est fait aux personnes porteuses de handicap dans notre société, nos écoles, nos cercles d’amis… et comme pour beaucoup de choses, moins l’on connaît le handicap, plus on en a peur.  

Nous avons choisi de poursuivre la grossesse parce que nous étions convaincus que toute vie a de la valeur, est voulue par Dieu et que chacun est créé à l’image de Dieu. Il ne nous semblait pas cohérent de choisir d’interrompre la grossesse parce que cet enfant ne correspondait pas à certains « standards ». De plus, nous ne voulions pas décider si notre enfant allait vivre ou non. Pour autant, ce n’était pas une décision facile et les mois qui ont précédé la naissance ont été éprouvants à bien des niveaux. Nous l’avons vécu comme une épreuve. Aujourd’hui nous voyons Naomi comme une vraie bénédiction. Notre fille ne respecte sans doute pas tous les « critères » de l’enfant parfait mais elle est pleine de vie, de joie et d’amour. Elle a été créée comme cela, voulue comme cela et elle est précieuse comme cela.

3. En tant que chrétiens, quels messages désirez-vous faire passer, à travers ce film, à une société qui rejette les enfants handicapés ?

Le film parle du choc vécu par ce couple et plus particulièrement du père qui n’arrive pas à accepter son enfant et qui apprend à changer son regard, à la connaître au-delà de cette image négative que l’on peut avoir. Ce film pourra transmettre l’idée qu’avoir un enfant porteur de handicap, ce n’est pas en général ce que l’on voulait, mais qu’une fois accepté, cela apporte tout autant qu’avoir un enfant « typique » : beaucoup de joie et d’amour. 

Et parce que nous sommes personnellement convaincus que chaque personne est créée, voulue et aimée par Dieu, nous espérons que ce film montrera que la valeur d’une personne n’est pas dans ses capacités, ou son nombre de chromosomes, mais simplement en qui elle est, l’amour qu’elle reçoit et l’amour qu’elle donne. 


4. Avez-vous une expérience, positive ou négative, vécue à l’occasion du tournage que vous aimeriez partager avec le réseau du Comité Protestant évangélique pour la Dignité Humaine ?

Le tournage a été un super moment pour nous ! Toute l’équipe était attentive à ce que cela se passe bien pour Naomi, notre fille.  L’un des plus beaux moments du tournage reste une scène tournée avec une troupe de danse inclusive où des personnes valides et porteuses de handicap dansent ensemble. Quand une place est faite à chacun, comme il est, il y a quelque chose de magnifique qui se passe.