ScoopitTopTwitterTopFacebookTop

lundi, 12 février 2018 00:00

Procréation Médicalement Assistée : un regard protestant et évangélique

Écrit par 

Doit-on s’attendre à un « big bang bioéthique » en 2018 ? L’ouverture, le 18 janvier dernier, des « Etats généraux de la bioéthique » promet des débats publics passionnés sur plusieurs sujets sensibles, comme la fin de la vie, l’expérimentation sur les embryons ou la Procréation Médicalement Assistée.

Sur cette dernière, le gouvernement met en discussion l’élargissement* de l’accès à la PMAaux couples de même sexe, comme aussi, de manière plus singulière, à toute femme vivant seule. Toutes les opinions sont appelées à s’exprimer jusqu’au 7 juillet prochain. Après quoi, le gouvernement annonce une proposition de loi entre l’automne 2018 et le printemps 2019.

Comment les protestants s’exprimeront-ils ? Pour celui qui est attaché à l’éclairage de la Bible, ce n’est pas directement l’intrusion de la technologie dans le processus de procréation qui pose un problème éthique, mais la possibilité qu’au travers de l’artifice technique soit descellée l’alliance des sexes, et bouleversé le cœur de la relation triangulaire qui caractérise la naissance de l’enfant : horizontale entre les deux sexes et verticale envers l’ultime Vis-à-vis qui donne la vie et qui la reprend.

De ce point de vue, il est des valeurs que le droit civil a pour vocation de promouvoir et protéger pour le bien commun: faite pour pallier des problèmes d’infertilité au sein du couple, la PMA ne saurait servir à suppléer à l’absence de conjoint, ou à l’impossibilité de relations avec un individu du sexe opposé. Elle ne saurait court-circuiter la reconnaissance de la finitude et de la complémentarité des deux sexes, qui ont besoin l’un de l’autre pour se réaliser et se reproduire.

La PMA ne saurait davantage devenir le fer de lance d’un « acharnement procréatif » : la revendication idéologique d’un singulier « droit à l’enfant », qui placerait l’enfant dans la position de « l’objet auquel on à droit », plus que dans celle de « sujet qui a des droits » (Matteï). Même au sein du couple hétérosexuel, elle n’a pas pour vocation de satisfaire la revendication (de type « prométhéen ») d’une forme de « toute puissance » sur la transmission de la vie.

Menacés aujourd’hui de disparaître, ce sont en particulier les droits de la paternité (déjà réduite à une paillette congelée) que la Loi doit protéger, comme aussi et d’abord les droits de l’enfant à naître, qui, pour construire son identité humaine, a besoin de racines : la référence assurée à l’existence de ses deux parents biologiques. Sur ce point, une avancée positive, pour la France, serait de rejoindre le cercle des pays européens qui ont reconnu les « droits de l’enfant à connaître la vérité de ses origines biologiques ». Pour la bioéthique française, ce serait certes une petite révolution, dont les modalités d’application devraient être soigneusement réfléchies. Mais soumises à une obligation de transparence, les demandes de PMA ne connaîtraient-elles pas une première forme essentielle de régulation ?

À défaut d’une référence à la Bible, à laquelle il n’est pas admis en France que le législateur fasse directement écho, n’est-ce pas aux droits et besoins des plus faibles, les enfants à naître, qu’une politique courageuse se devrait aujourd’hui de donner le dernier mot ?

Michel Johner, pour le Conseil des professeurs
Faculté Jean Calvin

Dernière modification le lundi, 12 février 2018 12:24

paypal