ScoopitTopTwitterTopFacebookTop

jeudi, 04 mai 2017 00:00

Pourquoi êtes-vous tristes?

« De quoi vous entretenez-vous pour que vous soyez tout triste ? »

La question que pose Jésus aux deux disciples qui se rendent à Emmaüs a de quoi surprendre : « Es-tu le seul qui ne sache pas ce qui est arrivé ces jours-ci ? » s’étonne Cléopas en se tournant vers le Christ qu’il n’a pas reconnu tellement sa peine est grande (Luc 24 v. 18). « Quoi ? » Leur dit Jésus. Et les deux disciples de raconter d’une part les terribles événements de Pâques et de livrer à leur compagnon de route toute leur incompréhension, toute leur déception : « Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël ? » Mais voilà que le cours de l’histoire ne s’est pas déroulé comme ils l’avaient imaginé. Leur tristesse est à la mesure de leurs attentes déçues. Alors que fait Jésus ? Eh bien  il les ramène aux Ecritures, non sans les avoir « gentiment » secoués : « ô hommes sans intelligence et dont le cœur est lent à croire tout ce qu’on dit les prophètes (…) et commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua …».  

Depuis la proclamation des résultats du 1er tour de l’élection présidentielle, je croise beaucoup d’amis en souffrance et inquiets. Il y a de quoi. La France est « pliée en quatre » comme l’écrivait un journaliste, mais pas de rire, elle est pliée par le doute, la déception, la colère et la révolte. Ces quatre composants sont dangereux et la politique nourrit malheureusement trop souvent les monstres qu’elle prétend combattre.

Que faire cependant quand les temps s’apparentent par certains côtés à ceux des prophètes Michée ou Amos ? Ces temps où nous sommes « comme un homme qui fuit devant un lion et que rencontre un ours » (Amos 5 v. 19).  Les Ecritures doivent nous parler, comme ce fut le cas pour les disciples sur le chemin d’Emmaüs. Tout d’abord ce n’est pas parce que nous ne comprenons pas ce qui se passe qu’il n’y a rien à comprendre dans ce qui se passe ! Sachons prendre le temps du silence plutôt que de nous animer dans des débats qui n’apportent rien : « en des temps comme ceux-ci, le sage se tait car ces temps sont mauvais ! » (Amos 5 v. 13). Deuxièmement souvenons-nous de l’appel à «se redresser» que lance Jésus alors qu’il annonce à ses disciples des temps troublés : « quand ces choses commenceront à arriver, redressez-vous et levez vos têtes, car votre délivrance approche » (Luc 21 v. 28). Troisièmement ne nous relâchons pas : ni dans la prière ni dans l’action. La persévérance (même dans la résistance), la paix et la joie font partie des vertus chrétiennes et elles ne devraient pas dépendre des circonstances : est-ce que nous ne le chantons pas dans nos cultes ?

Mais revenons aux élections. Voter c’est choisir. Ce n’est pas « faire alliance » comme j’ai pu le lire récemment. Et ne pas voter c’est aussi choisir. Le CPDH a donné des outils pour lire les programmes des différents candidats (http://cpdh.org/index.php/vie-de-la-cite/politique/item/2736-presidentielle-les-programmes-des-candidats ) et il a expliqué les positionnements éthiques qu’il est important de prendre en considération, en ayant participé à la rédaction du livret « convictions des évangéliques » (https://issuu.com/cnef/docs/servicepastoralparlementaire ), diffusé par le Service Pastoral auprès des Parlementaires du Conseil National des Evangéliques de France. A partir de cela chacun choisira en son âme et conscience[1]. Cela signifie que l’on peut choisir tel ou tel candidat parce qu’on souhaite voir appliquer telle ou telle partie de son programme, mais il faudra aussi accepter de remettre en cause le moment venu tel ou tel projet que nous savons funeste pour notre pays. Nous pouvons aussi voter blanc (mettre un bulletin blanc dans l’enveloppe qui nous est donnée ou laisser l’enveloppe vide), montrant par-là que nous ne voulons apporter notre voix ni aux uns ni aux autres, c’est la majorité qui décidera sans nous (notre vote ne comptera pas dans les suffrages exprimés mais il sera comptabilisé sur les feuilles de dépouillement renvoyées vers les préfectures : c’est un indicateur d’insatisfaction du corps électoral qui est remonté vers le ministère de l’Intérieur). Et il y a ceux qui feront le choix de ne pas aller voter afin de faire grossir le pourcentage des abstentionnistes. Cet indicateur inquiète à juste titre les commentateurs et les politiciens de tous bords car pour un 2ème tour d’une présidentielle dans laquelle la participation a été bonne au 1er tour (77,77%), une augmentation de l’abstention est le signe du désarroi des électeurs. Là encore les autres choisissent pour nous « l’ours ou le lion » que nous allons de toute façon rencontrer et pour lequel nous ne devrons pas oublier de prier[2] !

Cette réflexion ne serait pas complète si je n’évoquais la suite de l’élection présidentielle. Cette dernière est en effet l’arbre qui cache la forêt, puisque les 11 et 18 juin prochains les français seront de nouveau appelés aux urnes pour élire leurs députés cette fois. Ces élections législatives revêtiront une importance cruciale, car ce sont les députés qui votent les lois et en théorie rien n’empêche le peuple français de choisir une majorité parlementaire qui oblige le Président à nommer un premier ministre qui ne sera pas de son propre parti. On parlera alors de « cohabitation ». Dans la Vème République française cela ne s’est encore jamais produit en début de mandat présidentiel, mais bien des choses impensables se sont produites ces derniers temps !

En attendant, ne manquons pas d’appliquer le programme que nous a laissé l’apôtre Paul : « veillez, demeurez fermes dans la foi (…), fortifiez-vous. Que tout ce que vous faites se fasse avec amour ! » [3]

F. M.



[1]L’association catholique ICHTUS a réalisé une petite vidéo pour expliquer ce que signifie « voter en conscience ». C’est destiné aux catholiques, mais cela peut aussi s’étendre à une réflexion chrétienne et citoyenne un peu plus large : https://www.youtube.com/watch?v=lo_AK5w-FOE

[2] 1 Timothée 2 v. 1-2

[3]1 Corinthiens 16 v. 13-14

Dernière modification le jeudi, 04 mai 2017 14:35

paypal